Il y avait le « Grand dirigeant », Kim Il-sung, resté président éternel depuis sa mort, en 1994. Il y a, aujourd’hui, le « Cher dirigeant », son fils, Kim Jong-il, frappé d’une attaque cérébrale en 2008 mais toujours au pouvoir et se profile, maintenant, un troisième Kim à la tête de la Corée du Nord, Kim Jong-un, 26 ans, dont le nom signifie, « Nuage vertueux ». Brusquement promu général d’armée en marge de la Conférence du parti qui s’est ouverte hier, ce jeune homme est inconnu de ses compatriotes et du monde mais cette promotion signifie que son père l’a choisi pour lui succéder le jour venu aux commandes d’un régime qui est le plus ubuesque et le plus cruel du monde. La Corée du Nord est un pays secret où peu d’étrangers pénètrent, un pays qui a perdu, il y a dix ans, un million d’hommes, de femmes et d’enfants parce que son autarcie et l’impéritie de ses dirigeants y avaient provoqué une famine, un pays semé de camps de rééducation que ses habitants fuient, vers la Chine, au péril de leur vie mais également un pays qui a procédé à deux essais nucléaires et dont les missiles peuvent frapper aussi bien le Japon que la Corée du Sud et les bases américaines de la région. Grâce au Docteur Kahn, père de la bombe pakistanaise qui lui avait vendu son savoir-faire, le régime nord-coréen s’est doté de la bombe, d’une bombe artisanale, bricolée, mais d’une bombe assez réelle pour que ce jurassik park de tout ce qu’il y eut de pire dans le communisme occupe toujours le devant de la scène internationale, 65 ans après sa naissance. Au nord du 38ième parallèle, la Corée du Nord est la moitié d’un pays, la Corée, que le Japon avait colonisé et martyrisé, de 1910 à 1945, au point d’y enlever des dizaines de milliers de femmes pour alimenter ses bordels militaires. Libéré par la capitulation nippone, ce pays était aussitôt devenu le premier théâtre de la Guerre froide, coupé en deux par l’affrontement du bloc soviétique et du monde libre et ravagé, de 1950 à 1953, par une guerre qui déboucha sur la création des deux Corée, celle du Sud, prospère et, désormais, démocratique et celle du Nord, misérable et dictatoriale. Normalement, le régime nord-coréen n’aurait pas du résister à la conjonction de l’effondrement soviétique et de la conversion chinoise au capitalisme. Il aurait du être emporté par l’histoire, balayé comme le parti soviétique ou intégré au marché mondial comme la Chine, mais il n’y a pas que les idéologies pour gouverner le monde. Il y a, aussi, l’histoire, la géographie, les frontières, la géopolitique grâce à laquelle ce régime a survécu. La Corée du Sud ne souhaite pas sa disparition car elle aurait, alors, à prendre en charge la Corée du Nord, ce qui lui coûterait énormément d’argent, la plongerait dans l’incertitude et ferait régresser son niveau de vie. La Chine, elle, n’a aucune envie de devoir compter, un jour, avec une Corée réunifiée qui aurait tout intérêt à s’allier au Japon pour lui faire contrepoids dans une Asie dont les équilibres sont instables. Le statu quo coréen arrange beaucoup de gens mais reste à voir si Nuage vertueux, ce petit-fils élevé dans les meilleurs écoles suisses, aura, le jour venu, assez d’épaules et d’habilité pour perpétuer sa dynastie.

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