Aujourd’hui très chaud, c’est un débat aussi vieux que la construction européenne. Depuis le tout premier traité, il oppose les partisans de la méthode communautaire à ceux d’un gouvernail intergouvernemental.

Parce qu’ils souhaitent arriver, à terme, à une Europe fédérale, à des Etats-Unis d’Europe gouvernés par un exécutif et un parlement paneuropéens, les premiers veulent que la conduite de l’Union reviennent aux institutions communautaires, Parlement et Commission dépositaires du bien commun, tandis que les seconds, parce qu’ils ne veulent pas d’une Europe fédérale mais d’une Europe des nations, estiment que c’est à ses gouvernements de la piloter, par des négociations et des accords intergouvernementaux.

Depuis toujours, ce débat de fond s’est doublé d’une allergie des petits pays membres au directoire de fait que le tandem franco-allemand exerce sur l’Europe et le krach de 2008 puis la crise de la dette publique l’ont donc ravivé comme jamais. Depuis trois ans, tout ce qui se décide ou peine à se décider dans l’Union procède de tractations entre Paris et Berlin qui, une fois d’accord, informent les 25 autres Etats européens de ce qu’il y a lieu de faire.

Cela irrite d’autant plus qu’on ne parle plus là de quotas laitiers mais de la création d’un Fonds de solidarité financière et de la mise en place d’une gouvernance économique commune, de décisions qui sont, autrement dit, susceptibles de modifier la nature même de l’Union en l’engageant sur la voie d’une intégration plus poussée. Alors ça grogne de tous les côtés, cela grogne dans de nombreuses petites capitales qui ne veulent pas se retrouver entraînées plus loin qu’elles ne voulaient aller. Cela grogne dans les milieux fédéralistes qui voient les Etats prendre la main en la personne d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy. Cela grogne dans les institutions communautaires qui n’apprécient pas de se voir dépossédées de leur rôle et cela grogne tout particulièrement, gauche et droite confondues, au Parlement européen qui reproche à la Commission et à son président, José Manuel Barroso, de se laisser tondre sans broncher.

Cela grogne tellement que, dans le discours sur l’état de l’Union qu’il a prononcé hier devant le Parlement, José Manuel Barroso s’en est directement pris à la France et l’Allemagne en leur reprochant de vouloir confier la présidence de la zone euro non pas à la Commission mais au président du Conseil européen, de l’assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement, Herman Van Rompuy, qui passe pour l’homme de Paris et Berlin.

« Un certain inter-gouvernementalisme pourrait être la mort de l’Europe unie telle que nous la voulons », a-t-il lancé mais qu’il ait eu raison ou pas, qu’on soit ou non fédéraliste, force est de constater que la Commission s’est montrée incapable de la moindre initiative depuis 2008 et que c’est dans un vide politique que la France et l’Allemagne ont pris les choses en main. Le problème est que, dans les cas graves, la Commission n’a ni assez de pouvoir ni assez de légitimité pour agir et que tant qu’elle ne procédera pas d’une majorité parlementaire paneuropéenne, tant qu’elle n’aura pas de mandat populaire, les gouvernements des plus grands Etats continueront de conduire l’Union.

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