C’était une autocritique en règle et très rare chez un homme d’Etat. Interrogé hier soir par la chaîne CBS, Barack Obama a reconnu que les Etats-Unis avaient sous-estimé les dangers de la crise syrienne en ne voyant pas qu’elle pourrait déboucher sur l’émergence d’un groupe aussi sanguinaire et fanatique que l’Etat islamique.

C’était admettre qu’il avait lui-même commis une grave erreur lorsqu’il avait finalement refusé, il y a treize mois, de sanctionner l’usage d’armes chimiques par le régime syrien en allant frapper, avec la France, ses aéroports et centres de commandement militaires. A l’époque, la France avait vainement fait valoir que, si les Occidentaux ne se rangeaient pas ainsi aux côtés de l’insurrection syrienne, ses courants les plus fanatiques, ceux qui allaient donner naissance à l’Etat islamique, pourraient dire que les démocraties ne faisaient que mentir en invoquant leurs principes et qu’on ne pouvait pas compter sur elles.

Ce serait la défaite des courants démocrates de l’insurrection, disait la France, et c’est exactement ce qui s’est passé. Non seulement les démocrates syriens, lâchés, abandonnés, trahis par ceux dont ils attendaient un soutien se sont retrouvés isolés, non seulement le régime syrien a concentré ses coups sur eux et ménagé l’Etat islamique pour pouvoir dire que les insurgés n’étaient que des illuminés que le monde devait l’aider à combattre mais ce n’est pas tout.

Plus grave encore, Arabie Saoudite et Turquie en tête, les puissances sunnites se sont alors résolus à appuyer l’Etat islamique pour ne pas laisser le régime syrien l’emporter, pour ne pas laisser la victoire à l’Iran, principal allié de ce régime et puissance adverse puisque chiite.

L’Arabie saoudite et la Turquie ont maintenant compris quel monstre elles avaient fait sortir de sa boîte. La Turquie a annoncé, hier, qu’elle rejoignait la coalition internationale contre l’Etat islamique comme l’avait déjà fait l’Arabie saoudite. Mieux vaut tard que jamais mais la question qui se pose désormais est de savoir si cette intervention va ou non sauver la dictature syrienne en la débarrassant de cette organisation criminelle après que l’erreur des Etats-Unis l’a débarrassée ou presque de l’insurrection démocratique.

Si c’était le cas, les démocraties offriraient un triomphe à l’Iran qui conforterait ses positions en Syrie et sortirait de cette guerre, grâce aux Occidentaux, première puissance du Proche-Orient. Ce serait extraordinairement paradoxal et c’est pour cela qu’il serait plus que temps de faire comprendre à l’Iran que les zones syriennes dont les frappes vont chasser l’Etat islamique ne doivent pas être réoccupées par la dictature mais par les démocrates syriens sous peine que des missiles ne s’égarent sur les centres de commandement du régime - ceux-là mêmes qu’il aurait fallu frapper il y a un an.

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