C’est bizarre, mais c’est ainsi.

Tant que la Grande-Bretagne n’a pas officiellement notifié à l’Union européenne qu’elle la quittait et tant, surtout, que le règlement de divorce n’aura pas été négocié, elle reste membre de l’Union avec participation aux discussions sur la définition de ses politiques, droit de vote et, éventuellement, de veto.

C’est ainsi qu’avant-hier, à Bratislava, lors d’une réunion des 28 ministres européens de la Défense, le ministre britannique, Michael Fallon, a refusé toute avancée vers une Défense européenne commune. « Il y a des Etats membres qui voudraient un usage unique de nos forces. Cela ressemble beaucoup à une armée européenne et nous nous y opposerons », a-t-il déclaré avant même que Français et Allemands n’exposent leurs propositions visant à la constitution d’un état-major européen, à la mise en commun de forces d’intervention et à la formation progressive d’une industrie de Défense européenne.

Français et Allemands y tiennent parce que les incertitudes sont grandes aux frontières de l’Union, que les Etats-Unis se détournent beaucoup de l’Europe et du Proche-Orient, que la recherche militaire a toujours d’importantes retombées civiles et que s’il y a un sujet qui puisse resserrer les rangs européens, c’est bien celui de la sécurité.

Pour ces quatre raisons, les propositions franco-allemandes sont bienvenues, nécessaires et porteuses d’avenir mais elles horrifient le gouvernement britannique car, le jour où elles auront été mises en œuvre, il y aura deux grandes puissances au sein de l’Alliance atlantique, l’Union européenne et les Etats-Unis, aux côtés desquelles la Grande-Bretagne ne pèsera pas plus que la Norvège ou la Turquie, que n’importe quelle puissance moyenne.

Pour les Britanniques, ce serait vraiment la fin de leur place d’allié privilégié des Américains, de leur rôle de relais des positions américaines en Europe et dans l’Otan. On comprend que cela ne les enchante pas et qu’ils veuillent tout faire pour s’y opposer alors même que le secrétaire général de l’Otan approuve, lui, la démarche franco-allemande, mais il y a donc une question à leur poser, simple et nécessaire : « At the end of the day, au bout du compte, que voulez-vous ? ».

Ils veulent, en fait, sortir de l’Union… tout en continuant à y peser et c’est tout le problème auquel ils se heurtent car, désolé, lorsqu’un quitte un club, on n’a plus voix au chapitre sur son règlement intérieur. « Brexit is Brexit », le Brexit est le Brexit, va répétant Teresa May, la nouvelle Première ministre britannique, mais elle a si peu idée de ce que le Brexit devrait être qu’elle ne se hâte pas de le négocier et, pire encore, son propre gouvernement se déchire sur le contenu à lui donner.

Faut-il continuer à accepter la libre circulation pour rester dans le Marché commun ou en faire son deuil pour fermer les frontières aux citoyens de l’Union ? Sur ce sujet clé, les ministres britanniques s’empoignent et un vertige les saisit lorsqu’ils voient l’Union prendre en main sa sécurité sans leur demander leur avis. Alors oui, très bien, mais… C’est quoi le Brexit ?

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.