Où l'on voit qu'il y a beaucoup de points communs entre la Catalogne européenne et le Kurdistan proche-oriental

 Un membre d'un bataillon de Peshmerga kurde montre son doigt teinté d'encre après avoir voté lors du référendum d'indépendance kurde à un bureau de vote à Erbil le 25 septembre 2017.
Un membre d'un bataillon de Peshmerga kurde montre son doigt teinté d'encre après avoir voté lors du référendum d'indépendance kurde à un bureau de vote à Erbil le 25 septembre 2017. © AFP / SAFIN HAMED

En Irak comme en Espagne les Catalans et les Kurdes défient les Etats auxquels ils appartiennent au nom d’une aspiration à l’indépendance et du droit à l’autodétermination. C’est inquiétant, risqué, prématuré, mais c’est comme ça.

Les Catalans voteront dimanche. Pour les Kurdes irakiens, c’est fait. Le « oui » à l’indépendance l’a emporté à plus de 90% et, dans les deux cas, les représailles sont sévères. En Catalogne, l’Espagne a saisi les bulletins de vote, procédé à des arrestations, dépêché d’impressionnantes forces de police et s’apprête à tenter d’empêcher que ce référendum ne se tienne.

A Erbil, c’est bien pire. De fait autonome depuis la première guerre d’Irak, celle qui avait suivi l’invasion du Koweït en 1991, le Kurdistan irakien est aujourd’hui l’objet d’un blocus aérien organisé par l’Irak et les pays voisins. Il est coupé du monde, virtuellement ruiné aussi car il ne pourra plus faire transiter par la Turquie les exportations de pétrole dont il tire l’essentiel de ses revenus. Alors même qu’ils sont à couteaux tirés – Turquie d’un côté, Iran, Syrie et Irak de l’autre – tous les pays dans lesquels vivent des minorités kurdes font maintenant front commun, sur ce dossier au moins, car tous craignent qu’une indépendance des Kurdes irakiens ne réveille l’irrédentisme de leurs propres Kurdes et n’ampute donc leur territoire.

En Catalogne, il s’agit d’un ancien Etat européen qui rêve de retrouver ses frontières car il pense qu’il serait plus puissant et plus riche en dehors de l’Espagne qu’en son sein. Au Kurdistan, il s’agit d’un peuple sans terre auquel la Grande-Bretagne et la France avaient refusé un Etat lorsqu’elles se sont partagé les dépouilles de l’Empire ottoman à la fin de la Première guerre mondiale. Les situations sont différentes mais, dans les deux cas, l’on assiste à une même renaissance de nations oubliées qui ne voient plus d’avantages à rester parties d’Etats unitaires que la mondialisation de l’économie a considérablement affaiblis.

Ce ne sont là que les premiers grondements d’un tremblement de terre qui s’était déjà fait entendre en Ecosse ou dans l’ancienne Union soviétique et le phénomène est si profond qu’il appellerait plus d’intelligence que n’en montrent l’Espagne et le Proche-Orient.

L’Espagne exacerbe les tensions catalanes en se comportant en puissance occupante alors qu’elle aurait pu autoriser l’organisation de ce référendum qui n’aurait pas donné de majorité à l’indépendance. La Syrie, l’Iran, l'Irak et la Turquie croient se défendre en s’alliant contre les Kurdes mais ne font que les unir par leur brutalité et que se préparer de bien difficiles lendemains. Dans les deux cas, c’est négocier qu’il faudrait et non pas cogner, aussi bêtement.

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