Ce que la France avait prédit, elle l’éprouve. Quand elle tentait de dissuader Georges Bush d’intervenir en Irak, la France expliquait deux choses. Elle disait, d’abord, que cette guerre ne mènerait pas à la démocratie mais au chaos et l’enlèvement de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, la menace d’assassinat qui pèse maintenant sur eux si la loi sur le voile n’est pas abrogée, sont de nouvelles, et cruelles, preuves du bien-fondé de cet avertissement. Ce n’est pas seulement que la violence reste quotidienne en Irak. C’est aussi, surtout, que les Américains et le gouvernement irakien mis en place en juin ne cessent plus de perdre du terrain, militaire et politique. Falloujah, la ville sunnite dont ils avaient espéré reprendre le contrôle en mobilisant, au printemps dernier, des soldats de l’ancien régime, est désormais aux mains de fanatiques islamistes qui gouvernent au nom de Dieu et organisent, depuis ce bunker, attentats et enlèvements. Côté chiite, Moqtada Sadr, le jeune religieux qui enflamme les plus pauvres de ses coreligionnaires, a pu défier plusieurs semaines l’armée américaine à Najaf et se retirer libre, sans même que ses hommes rendent leurs armes. Jour après jour, le pays se défait, éclate, sombre si bien dans l’anarchie qu’on voit mal comment des élections pourraient, comme prévu, s’y tenir en janvier. L’avenir de l’Irak est sombre mais pourquoi la France est-elle désormais happée par cette crise, pourquoi doit-elle, à son tour, payer l’erreur de l’Amérique alors qu’elle avait tant fait pour empêcher cette guerre ? C’est que son second avertissement s’est également avéré. L’occupation américaine et le chaos irakien, avait-elle dit, offriront un nouveau champ de manœuvres aux djihadistes, à ces exaltés des réseaux islamistes qui rêvent, depuis l’Afghanistan, de défaire l’Occident comme ils croient avoir défait l’URSS à Kaboul. Avant l’intervention américaine, cette nébuleuse était en recul. Les islamistes marquaient le pas en Algérie. Ils étaient brisés en Tunisie, s’assagissaient en Turquie, avaient perdu le pouvoir en Afghanistan et l’Iran, berceau des fous de Dieu, les rejetait massivement et marchait vers la démocratie. L’islamisme allait sur sa fin mais, ajoutée à l’affrontement israélo-palestinien, cette guerre lui a redonné du souffle, fait naître de nouvelles cellules et l’idée de déclencher la lutte finale entre l’Islam et l’Occident a repris corps en Irak. En Irak, l’Internationale islamiste s’affirme comme une composante toujours plus forte de la bataille contre les Américains et pour elle, les Français sont des ennemis comme les autres, la France un pays d’autant plus haïssable et dangereux qu’il prétend séculariser l’Islam, lui imposer sa laïcité, comme aux autres religions, et créer ainsi un modèle d’Islam en paix avec la modernité. C’est cette ambition qui est aujourd’hui visée par cette exigence d’abrogation de la loi sur le voile mais ce chantage - c’est la seule bonne nouvelle - les musulmans de France l’ont aussitôt, et totalement, condamné.

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