C’est une question que l’on entend beaucoup poser. Avec inquiétude, gourmandise ou simple perplexité, la presse, l’opinion, les socialistes eux-mêmes se demandent comment les primaires de la gauche pourraient ne pas tourner au pugilat et si les candidats à la candidature socialiste pourront éviter de se déchiqueter en public.

On se le demande car on n’est pas habitué en Europe à ce que les deux grands camps de la scène politique laissent voir et encore moins affirment leurs divergences internes. En Europe, depuis la grande fracture des Lumières, depuis le 18ième siècle qui avait vu naître un parti de l’ordre et un parti du mouvement, de la tradition et de la contestation, la gauche et la droite sont supposées avoir une si forte cohérence interne que toute contradiction entre des courants de la même famille, tout choc d’ambitions ou différence de tempérament y sont vus comme des signes de délitement organisationnel et de décadence intellectuelle.

C’est une vision qui est en réalité fausse puisqu’il y eut toujours des gauches et des droites, que les libéraux ne sont pas des démocrates-chrétiens ou que les sociaux-démocrates ne sont pas adeptes des ruptures aux forceps. Cette vision n’est qu’un mythe mais un mythe si solidement ancré que la nouveauté constituée par ces primaires socialistes dérange et déboussole car le PS a le tort de ne pas oser dire ou se dire qu’il n’a fait là que prendre acte d’une évolution des scènes politiques européennes, notamment française, qui fut lente, longtemps sourde mais qui est maintenant aboutie.

Qu’on le regrette ou s’en réjouisse, il n’y a plus de différences idéologiques tranchées entre la gauche et la droite qui acceptent l’une et l’autre l’économie de marché, la protection sociale et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cela ne veut pas dire que la droite et la gauche soient blanc bonnet et bonnet blanc. Comme aux Etats-Unis, la droite et la gauche ont des filiations différentes, des cultures opposées, des électorats dont les références et les positions sociales ne sont pas les mêmes et surtout des propositions politiques divergentes car leurs priorités économiques et sociales ne sont pas les mêmes et ne servent pas les mêmes intérêts.

Comme aux Etats-Unis, il y a toujours une droite et une gauche en Europe, parfaitement identifiables, mais dès lors qu’elles ne se combattent plus sur les grands principes, dès lors que l’une a accepté la République et l’autre le marché, leurs différences internes ne sont plus d’honteuses faiblesses. Elles sont, au contraire, signe de richesse et de vitalité et maintenant que ce n’est plus à l’aune de l’idéologie que se jugent un programme et des personnalités politiques, il y a une logique à ce que soit, comme aux Etats-Unis, les électeurs des deux camps et non plus les seuls partis qui choisissent leurs candidats.

Ce sont les Etats-Unis qui ont inventé les primaires et elles y sont souvent d’une rare violence qui n’empêche pas l’unité de se refaire avant l’affrontement final entre Démocrates et Républicains. Même en France, la vie politique européenne s’américanise et le jour où il y aura de vraies élections européennes, cette évolution s’accélérera.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.