C’est une élection entièrement centrée sur l’Europe et qui pourrait bien en changer les rapports de force. Pays fondateur de l’Union et défenseur, jusqu’au printemps dernier, d’une ligne dure et très allemande en matière de rigueur budgétaire, les Pays-Bas votent le 12 septembre et les favoris de ces législatives sont des socialistes de gauche, lointainement issus du maoïsme, qui n’avaient jamais accédé au pouvoir et dont tout le succès tient à leurs dénonciations des mesures de réduction des déficits sur lesquelles le gouvernement sortant était tombé.

Ces socialistes ne sont pas europhobes. Ils ne veulent pas plus sortir de l’euro que de l’Union mais ne s’estiment pas « en mesure de dire si la monnaie unique survivra aux néfastes mesures d’austérité qui sont actuellement prises en Europe » et leur leader, Emile Roemer, déclarait dimanche à l’AFP que « la seule chose qu’un gouvernement puisse faire en ces temps de crise était de stimuler l’économie » et surtout pas de recourir à « une austérité insensée ».

Crédités par les sondages de 34 à 39 sièges sur 150, en passe donc de devenir un élément central, voire les chefs de file, de la future coalition gouvernementale, les socialistes néerlandais entendent en conséquence procéder à trois milliards d’investissements publics supplémentaires, ne ramener le déficit budgétaire en dessous de 3% qu’en 2015 au lieu de 2013 et annoncent d’ores et déjà qu’ils refuseraient d’acquitter les éventuelles amendes qui leur seraient infligées par l’Union. « Les gens, explique Emile Roemer, sont plus importants que les petites règles et j’irai gentiment expliquer à Bruxelles que nous faisons face à des circonstances qui imposent des investissements ».

Peut-être devra-t-il arrondir les angles pour parvenir à un accord de coalition et pour tenir compte, surtout, de la pression des investisseurs qui pourraient être moins prêts à couvrir les emprunts des Pays-Bas au vu de ce programme. Rien n’est écrit mais la certitude est que l’austérité et les politiques européennes n’ont plus la cote parmi les Néerlandais. Même les libéraux, aux manettes jusqu’en avril et au coude-à-coude avec les socialistes dans les sondages, se distancent des idées de nouveaux transferts de compétence au niveau de l’Union. En recul mais toujours forte, la droite nationaliste et hostile à l’immigration pourfend plus que jamais les « eurocrates ». Quelles que soient ses couleurs, c’est un souverainisme qui domine aujourd’hui la scène politique néerlandaise, fait à la fois de rejet des aides européennes aux plus affaiblis des pays de l’Union, de défense des avantages acquis et de critique de l’idée selon laquelle le salut serait dans la réduction des dépenses publiques.

Peu ou prou, ce mélange et ses contradictions se retrouvent aujourd’hui dans tous les pays de l’Union ou presque. Le divorce entre les politiques européennes et les Européens s’accentue toujours plus et tant qu’il n’y aura pas d’hommes d’Etat pour dire haut, clairement et fort qu’aucun pays européen ne s’en sortira seul, qu’on peut modifier les politiques de l’Europe mais surtout pas tourner le dos à son unité, l’Union sera toujours plus menacée, beaucoup moins de faillite financière que d’un rejet populaire.

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