En début d’après midi, Laurent Fabius avait appelé Ed Miliband. Il était déjà clair que de nombreux conservateurs britanniques allaient se joindre à l’opposition travailliste pour empêcher David Cameron, le Premier ministre, d’engager la Grande-Bretagne dans les frappes contre la Syrie.

Cela mettait la France en situation d’être le seul pays européen à participer à cette opération aux côtés des Etats-Unis. Cela en amenuisait, surtout, le poids politique puisqu’il n’y avait plus que deux pays pour vouloir y participer. Au lieu d’être l’objet d’une sanction militaire organisée, avec l’aval des pays arabes, par un nombre conséquent de grandes puissances, le régime syrien allait pouvoir dénoncer, avec le soutien de la Russie, une agression à laquelle la démocratie britannique avait refusé de s’associer.

Laurent Fabius voulait tout faire pour dissuader le dirigeant travailliste de créer cet état de fait. Un ministre socialiste français tentait de convaincre un dirigeant travailliste de ne pas voter contre un Premier ministre conservateur mais Ed Miliband n’a rien voulu entendre. Il n’a bien sûr pas donné ses vraies raisons. Il n’a pas dit que l’opinion britannique était massivement opposée à ces frappes et qu’il avait donc là une formidable occasion – pourquoi s’en priver ?- d’accentuer les divisions du camp conservateur et de mettre David Cameron en difficulté.

L’entretien entre ces deux figures de la gauche européenne a été plutôt tendu. Laurent Fabius était en fait ulcéré qu’Ed Miliband joue là ses cartes de politique intérieure au lieu de voir l’enjeu international mais, quelques instants après avoir raccroché, le ministre des Affaires étrangères ouvrait son discours de clôture de la Conférence des ambassadeurs par des phrases d’une totale fermeté vis-à-vis du régime syrien.

Le vote qui s’annonçait aux Communes, qui allait mettre David Cameron en minorité et l’amener à renoncer à engager la Grande-Bretagne n’était pas encore intervenu que la France réitérait sa volonté de ne pas accepter l’inacceptable et de sanctionner le pouvoir syrien. Dans les couloirs de la Conférence, en apartés, à mi-voix, il y eut alors d’intenses débats entre les ambassadeurs de France réunis à Paris pour leur conférence annuelle.

Les uns s’inquiétaient que la France puisse sembler s’aligner sur les Etats-Unis et rompre ainsi avec un demi-siècle de diplomatie française. Les autres rétorquaient que, si un pays s’alignait sur l’autre, c’était en l’occurrence, les Etats-Unis sur la France et non pas l’inverse puisque c’est la France, comme lors de l’affaire libyenne, qui a poussé Washington à l’intervention malgré les réticences de Barack Obama. Il y avait les inquiets et ceux qui considéraient au contraire que la France pouvait s’honorer là de son indépendance et de la clarté de ses vues car, après s’être opposée, contrairement à la Grande-Bretagne, à la tragique erreur que fut la guerre d’Irak, elle avait le courage et la volonté politiques d’initier et vouloir donner un coup d’arrêt à Bachar al-Assad.

Dès hier, les Etats-Unis avaient fait comprendre que Londres ou pas, leur décision était prise et, pour l’heure, pas plus à l’Elysée qu’au Quai d’Orsay, la France ne semble prête à revenir sur sa décision, défection britannique ou pas.

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