Sur la côte occidentale de l’Afrique centrale, c’est un tout petit pays de moins de deux millions d’habitants, mais deuxième sur la liste des pays les plus riches du continent noir

Puits de pétrole, le Gabon est un Etat profondément inégalitaire mais globalement prospère qui danse, ce mardi, sur un volcan.

Trois jours après la présidentielle de samedi et à quelques heures, en principe, de la proclamation des résultats, deux candidats se disent vainqueurs depuis hier. L’un est le président sortant, Ali Bongo, porté à la tête de l’Etat en 2009, après la mort de son père, Omar Bongo, qui avait été aux commandes pendant 42 ans. Le président sortant est l’héritier d’une dynastie au pouvoir depuis quasiment un demi-siècle et cela fait forcément du candidat unique de l’opposition, Jean Ping, celui de la relève, du changement et de la démocratie.

De mère gabonaise et de père chinois, d’où son nom, Jean Ping incarne l’espoir d’une alternance dont ce pays aurait évidemment besoin mais il n’est, pour autant, pas étranger à la dynastie qu’il menace car après avoir été chef de cabinet d’Omar Bongo, il a été le compagnon de sa fille dont il a eu deux enfants. A bien des égards, cette présidentielle est une affaire de famille, mais de famille éclatée, fracturée par la rivalité personnelle entre le fils de l’ancien président et celui qui avait été son bras droit, entre l’héritier devenu chef de l’Etat et le fils prodige qui est, lui, bardé de diplômes et ancien fonctionnaire international à l’impressionnant carnet d’adresses.

Ces deux hommes ne pourraient pas être plus différents et, paradoxalement, le candidat du changement a 72 ans alors que celui de la continuité en a quinze de moins. L’un porte les espoirs d’un appareil qui ne voudrait à aucun prix céder les avantages du pouvoir. L’autre est soutenu par les classes les plus modestes et les quartiers les plus pauvres. C’est un inquiétant face-à-face qui peut mal tourner.

A moins qu’elle ne préfère attendre et voir, la Commission électorale va proclamer des résultats mais, quels qu’ils soient, le perdant les contestera car Ali Bongo et Jean Ping ont tous deux fait état, hier, de chiffres leur assurant la victoire. S’il fallait, ce matin, désigner un vainqueur, on tendrait plutôt à donner l’avantage à Jean Ping car le désir de changement était palpable au Gabon qui souffre, notamment, de la baisse des cours du pétrole mais ce doigt mouillé n’est pas une addition de bulletins, pas un résultat que la rue, dans un cas, l’appareil du pouvoir, dans l’autre, risquent fort de refuser.

Pour la France, la situation est plus qu’embarrassante.

Le Gabon est, avec le Tchad, son grand allié africain. Elle y est très présente et y pèse d’un poids déterminant. Chacun des deux clans sollicite déjà son appui. La France ne peut ni fuir ses responsabilités ni tenter - et pourquoi ? - de faire un président qu’une large partie du pays refuserait. Plus de cinquante ans après les indépendances, la France a toujours une place particulière dans ses anciennes possessions africaines. C’est un atout, considérable, mais également un insoluble casse-tête.

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