Où l'on voit les raisons de l'impuissance internationale face au programme nucléaire de Pyongyang

La Corée du Nord ne veut vitrifier personne, pas plus celle du Sud que les Etats-Unis ou aucun autre pays. Elle ne le veut pas puisque cela ne lui rapporterait rien et que son régime n’y survivrait pas mais les nouveaux tirs de missiles auxquels elle a procédé dans la nuit de lundi à mardi n’en posent pas moins de redoutables problèmes à l’ensemble du monde.

Particulièrement provocateurs puisqu’ils ont survolé le Japon et suivaient des sanctions internationales prises à l’unanimité du Conseil de sécurité au début de ce mois, ces tirs n’avaient qu’un objectif. Ils visaient à proclamer que Pyongyang ne céderait à aucune pression et poursuivrait, quoi qu’il lui en coûte, le développement de ses missiles balistiques et de ses capacités nucléaires.

Là-dessus, le régime nord-coréen ne reculera pas car il considère que seule une force de dissuasion crédible lui offre une garantie de pérennité contre toute tentation extérieure d’utiliser ses faiblesses intérieures pour le déstabiliser ou le renverser. Avatar ubuesque et dynastique du communisme, ce régime veut se survivre à lui-même et le fait est que, face à sa détermination, le monde est largement impuissant.

En théorie, les Etats-Unis auraient tous les moyens d’aller détruire les installations nucléaires de ce qui est sans doute la pire des dictatures existantes mais la riposte nord-coréenne, même conventionnelle, infligerait immédiatement d’immenses pertes humaines à la Corée du Sud et détruirait des industries essentielles à l’économie mondiale. Ces frappes seraient tellement aventureuses que les collaborateurs de Donald Trump l’on convaincu d’en abandonner l’idée.

Reste alors la Chine.

Seule alliée de Pyongyang, elle pourrait étrangler l’économie nord-coréenne mais, au-delà de sanctions limitées, elle ne se décide pas à le faire car elle ne veut pas d’une Corée réunifiée qui lui ferait bientôt concurrence et placerait sans doute des troupes américaines à sa frontière. Si les Nord-Coréens se moquent de l’irritation chinoise comme de l’An 40, c’est qu’ils savent que Pékin n’aurait aucun intérêt à les affaiblir et c’est ainsi que le problème est à peu près insoluble.

Il n’y a donc qu’à laisser ce régime se doter de son assurance-vie nucléaire, pourrait-on en conclure sauf… Sauf que les Nord-Coréens ont obtenu du Pakistan les moyens de développer leur bombe avant de permettre à l’Iran d’en faire autant et qu’une nucléarisation de ce pays signifierait vite la fin du Traité de non-prolifération et un accroissement exponentiel, Japon en tête, du nombre de pays dotés de la bombe. C’est une hypothèse terrifiante, inacceptable, et le seul moyen de parer ce danger serait en conséquence de négocier avec Pyongyang des garanties de sécurité contre une limitation de ses programmes.

On n’y est pas encore et loin de là.

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