Le départ de la Ligue de Matteo Salvini du gouvernement italien prive les partis populistes européens de leur "vitrine", un second revers après l'éclatement de la coalition droite-extrême droite en Autriche. Mais cela ne signifie pas que les causes de leur émergence ont disparu.

Marine Le Pen et Matteo Salvini en meeting à Milan, le 20 mai dernier. La dirigeante du Rassemblement national s’appuyait sur l’exemple italien pour crédibiliser sa propre démarche.
Marine Le Pen et Matteo Salvini en meeting à Milan, le 20 mai dernier. La dirigeante du Rassemblement national s’appuyait sur l’exemple italien pour crédibiliser sa propre démarche. © AFP / Minako Sasako / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Le virage politique en Italie avec le départ du gouvernement de la Ligue de Matteo Salvini, a des répercussions sur l’ensemble de l’Europe. D’abord parce que le leader d’extrême-droite mettait l’Italie sur une stratégie de la tension avec l’Union européenne ; mais surtout parce que c’est tout le paysage politique européen qui est affecté.

Au début de l’année, alors que démarrait la campagne des élections européennes, les mouvements populistes et d’extrême droite en Europe promettaient de devenir une force majeure au Parlement de Strasbourg. Et ils avaient deux exemples à mettre en avant pour montrer qu’ils avaient le vent en poupe : l’Autriche et l’Italie.

Depuis, l’extrême-droite a quitté le pouvoir avec fracas, à Vienne comme à Rome, et si elle pèse un peu plus lourd au Parlement européen, ça ne lui donne pas la capacité de bloquer ou même d’influencer le fonctionnement des institutions européennes comme elle l’espérait.

Chaque pays a évidemment un contexte particulier. En Autriche, la coalition entre le FPÖ d’extrême droite et la droite classique a volé en éclat après la diffusion d’une vidéo montrant le leader de ce parti en train de négocier un soutien russe. A Rome, Matteo Salvini a cru trop vite que son heure était arrivée, et a mis fin à sa coalition avec le Mouvement 5 étoiles, un pari raté.

En fait, ces forces politiques ont su capter l’attention d’une partie de l’électorat en profitant de l’effondrement des grands partis politiques traditionnels un peu partout, et en surfant sur les peurs engendrées par la crise migratoire de 2015.

Le cas de l’Italie est exemplaire, puisque la Ligue de Salvini a plus que doublé sa popularité en moins de deux ans, dans un contexte de faillite de la classe politique et dans un pays d’arrivée des migrants. Mais la popularité réelle de son leader n’était pas un chèque en blanc, comme il le réalise aujourd’hui à ses dépens.

Ces forces dites antisystème ne vont évidemment pas disparaître. D’abord parce que les partis politiques traditionnels restent durablement affaiblis, on le voit aussi en France. Et si le Parti démocrate de centre-gauche revient aux affaires en Italie, c’est dans une alliance contre-nature avec le Mouvement 5 étoiles, un arrangement dicté par l’urgence, et dont il faudra voir s’il est durablement approuvé par les électeurs italiens.

Mais surtout, les causes du malaise de ces dernières années, qui ont permis la montée en puissance de ces partis, n’ont pas disparu, qu’il s’agisse des inégalités, du sentiment de déclassement, ou encore du discrédit des élites. Le renouvellement politique, dont on voit des signes avec la montée des écologistes par exemple, ne fait que commencer. Les élections régionales dans l’Est de l’Allemagne ce weekend vont d’ailleurs montrer que lorsque ces conditions sont toujours présentes, ces partis savent en profiter.

Ce serait donc une illusion dangereuse de croire que tout redevient comme avant : ce serait la recette garantie de leur retour en force, peut-être durablement.

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