Le reclus de Ramallah ne le sera bientôt plus. Sous quelques jours, quelques heures peut-être, Yasser Arafat aura pu quitter le QG où il est encerclé depuis décembre. Dix-neuf mois après le début de la seconde Intifada, un long moment du conflit proche-oriental s’achève ainsi dans un paysage à la fois immuable et totalement modifié. Deux peuples se font toujours face. Yasser Arafat est toujours là, la paix toujours aussi lointaine, la violence toujours aussi présente mais un nouvel acteur, premier changement, domine désormais la scène. Dans ce conflit, le monde arabe a maintenant un leader, l’Arabie saoudite, qui a fait, en février, la choix stratégique de la paix et pèse de tout le poids de son pétrole. La donne en est changée, pour trois raisons. La première est que la monarchie saoudienne veut vraiment la paix car elle craint que la poursuite ne la guerre ne l’importe en radicalisant les masses arabes qui, grâce aux télévisions satellitaires, vivent aujourd’hui ce conflit au jour le jour, s’identifient aux Palestiniens et reprochent aux régimes arabes de ne pas intervenir en leur faveur. Si le prince Abdallah a proposé, il y a deux mois, la reconnaissance d’Israël par l’ensemble du monde arabe en échange de la création d’un Etat palestinien sur l’ensemble des Territoires occupés, ce n’est ni par ruse ni par humanisme. C’est parce que la raison d’Etat saoudienne le commandait, parce qu’il défend là les intérêts de ses cinq mille cousins les princes. La deuxième raison pour laquelle ce choix saoudien change tout est que l’ensemble des régimes arabes suivent car ils partagent les craintes de Ryhad et que la puissance financière saoudienne est suffisamment grande pour faire taire les réticences. Et puis enfin, quand les Saoudiens parlent au nom de tous les Arabes, les Américains sont bien obligés d’écouter, d’entendre même car c’est de leurs intérêts qu’il s’agit alors. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’Ariel Sharon a accepté de rendre sa liberté à Yasser Arafat. C’est parce que le prince Abdallah était reçu, jeudi dernier, par Georges Bush, qu’il a lui a dit que la stabilité du monde arabe était menacée et que le président américain a décroché son téléphone. Le deuxième grand changement suscité par ces dix-huit mois de bataille est qu’Israéliens et Palestiniens y ont tous énormément perdu. Les Palestiniens qui croyaient mettre les Israéliens à genoux y ont perdu toutes leurs infrastructures, beaucoup de dirigeants tués ou faits prisonniers, leurs alliés israéliens surtout, ce camp de la paix que l’Intifada, les attentats et l’échec des pourparlers de Taba ont totalement marginalisés, sans doute, pour longtemps. Les Israéliens doivent, eux, combler les déficits creusés par les dépenses militaires et sont maintenant en butte à une opinion internationale devenue aussi pro-palestinienne qu’elle fut, un temps, pro-israélienne. Troisième grand changement, enfin, l’Europe, les Etats-Unis, la Russie, l’Onu s’accordent maintenant à vouloir imposer la coexistence de deux Etats de part et d’autre des frontières de 1967 et cet accord de fond, cette convergence avec l’Arabie saoudite, pèseront de plus en plus lourd dans la balance.

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