C’est cartes sur table en Europe. D’un côté, Tony Blair explique, lundi dans le Financial Times, que, non, ce n’est pas un monde multipolaire qu’il faut construire, pas le monde, donc, que prône la France, mais « un pôle de pouvoir, un seul veut-il dire, englobant un partenariat stratégique entre l’Europe et les Etats-Unis ainsi que d’autres pays comme la Chine et la Russie ». Des centres de pouvoir différents deviendront vite des rivaux, dit-il, alors qu’un seul pôle de pouvoir permettrait de développer un agenda commun aux grandes puissances, d’arrimer, autrement dit, Russes et Chinois à un monde occidental unifié. « Pour l’Europe, résume Tony Blair, le meilleur moyen de progresser est d’être le partenaire de l’Amérique et non pas sa rivale » mais l’Allemagne, la Belgique, la France et le Luxembourg lui répondaient, hier, que « l’Europe doit être capable de s’exprimer d’une seule voix et de pleinement jouer son rôle sur la scène internationale ». C’est LE débat, un étrange débat dans lequel chacun des protagonistes se pose en fait le même problème mais y apporte des réponses différentes. A Londres comme à Paris, Berlin, Bruxelles, Luxembourg, comme partout en fait, le problème est de savoir comment canaliser la puissance américaine et peser sur ses décisions mais tandis que les uns, Londres avant tout, proposent de le faire de l’intérieur, en participant aux débats américains plutôt qu’en organisant un contre-pouvoir à l’Amérique, les autres veulent bâtir une Europe assez forte pour que l’Amérique doive prendre en compte sa puissance. C’est une différence tactique mais elle est si profonde qu’elle menace aujourd’hui de figer deux Europe autour d’un centre hésitant -d’un côté la Grande-Bretagne et la Pologne, appuyées par l’Espagne et l’Italie tant qu’elles seront gouvernées à droite, de l’autre la France, l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, les quatre pays qui faisaient, hier, sommet à part. C’est une bataille, elle sera rude, et se focalise sur la défense européenne, une idée pourtant lancée par Tony Blair et qui fut longtemps le grand point d’accord entre Britanniques et Français. C’est qu’il y a défense et défense. Celle que souhaite développer Tony Blair devrait permettre de valoriser l’Europe aux yeux de l’Amérique, d’en faire aux yeux de Washington, un partenaire sérieux. Elle devrait, donc, ne pas inquiéter les Américains, alors que les quatre veulent en faire, eux, l’outil d’une diplomatie européenne, d’une Europe puissance s’affirmant dans le monde. Hier, les quatre ont à la fois exprimé une volonté d’aller de l’avant dans cette ambition, fût-ce à quatre, et lancé un défi à Londres en proposant d’inclure dans la future constitution de l’Europe la possibilité de créer, au sein de l’Union, une Union de sécurité et de défense ouverte à tous les pays européens désirant s’y joindre. Rien, absolument rien, dans leurs propositions n’est de nature à affaiblir l’alliance avec les Etats-Unis – rien, sauf l’ambition politique qui les porte, une ambition jugée inacceptable à Washington. Désormais, Tony Blair propose une vision, la France un projet. Tony Blair doit maintenant dire s’il est prêt à sacrifier la défense de l’Europe, son idée, pour ne pas heurter l’Amérique.

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