C’est toute la question de l’ardeur des convertis. Le candidat Sarkozy promettait de mettre les droits de l’homme au cœur de sa politique étrangère, de dire leur fait aux dictateurs et de, partout, défendre les victimes de l’arbitraire. Le président Sarkozy a vite découvert que les Etats avaient des raisons que la justice ne connaît pas, des intérêts économiques et stratégiques à préserver et promouvoir et, qu’à ne pas serrer la main des dictateurs, un président de la République ne la serrerait pas à grand monde. Il est heureux qu’il l’ait compris mais pourquoi fallait-il qu’il passe, alors, à l’excès inverse ? Pourquoi fallait-il, entre autres, à l’automne dernier, alors qu’aucun usage protocolaire ne l’y obligeait, qu’il félicite Vladimir Poutine d’avoir remporté des élections législatives ? Et pourquoi fallait-il, maintenant, durant cette visite en Tunisie, qu’il aille se réjouir, devant le président Ben Ali, de ce que « l’espace des libertés progresse » dans ce pays quand rien, rigoureusement rien, ne corrobore cette affirmation ? Il y a un miracle économique en Tunisie. Les classes moyennes y ont spectaculairement progressé même si le chômage des jeunes diplômés y croît dangereusement. Un tourisme maîtrisé, sans massacre des paysages et du littoral, y assure nombre d’emplois et de solides rentrées de devises. La fiscalité y favorise la sous-traitance, elle aussi source d’emplois et d’augmentation générale du niveau de vie. Dépourvue de matières premières, la Tunisie se débrouille infiniment mieux que la Libye ou l’Algérie. Il y a tout lieu de l’en applaudir mais les libertés ? Non. Héritage de l’ancien président Bourguiba, immense figure de la décolonisation, le statut de la femme est en tous points admirable en Tunisie. Il l’est autant qu’en Turquie mais les libertés y sont ignorées, foulées aux pieds, réprimées, la liberté d’expression comme la liberté d’association. La Justice y est tout sauf indépendante, la presse muselée et mieux vaut, vraiment, ne pas passer par les prisons tunisiennes. Un chef d’Etat, c'est vrai, n’est pas porte-parole des organisations de défense des droits de l’homme. Nicolas Sarkozy l’a dit, un président ne peut se comporter en « donneur de leçons » mais comme le président français était attendu sur cette question, sommé de l’aborder, il paraît avoir cru habile de parler d’une « progression » en ce domaine. On n’irait, certes, pas dire cela en Suisse. Cela pouvait vouloir dire qu’il y aurait des progrès à faire mais il n’y avait là que maladresse, gênante, car Nicolas Sarkozy a signé trop de contrats à Tunis pour qu’on ne fasse pas le lien entre ce satisfecit au régime et les intérêts industriels de la France. L'expression d'un espoir aurait tout dit. Un silence eut été bien moins choquant et d’autant mieux venu que le président de la République n’aurait alors pas semblé adhérer à l’idée que c’est en niant les libertés qu’on combattrait l’islamisme. C’est l’argument de ce régime mais c’est, bien au contraire - toute l’histoire du monde arabe le prouve - quand les démocrates sont bâillonnés et la démocratie bafouée que l’extrémisme et la subversion islamistes ont le champ libre.

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