Vous allez en entendre parler deux jours durant. Soyons juste, avant d'être critique : il ne reste plus qu'un seul empereur au monde, celui du Japon. Ce qui d'ailleurs pose d'insoluble problème de préséances et de protocole lorsqu'il se déplace à l'étranger.

 Le prince Naruhito et la princesse héritière Masako à leur arrivée au Palais le 2 avril 2019 à Tokyo, au Japon.
Le prince Naruhito et la princesse héritière Masako à leur arrivée au Palais le 2 avril 2019 à Tokyo, au Japon. © AFP / Kazuki Wakasugi / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Et une cérémonie d'intronisation comme celle-là, il y en a une tous les 30 ans. La dernière a eu lieu en 1989. On va donc vous expliquer qu'un nouvel empereur reçoit les trois trésors sacrés, l'épée, le bijou et le miroir que l'on ne déplace jamais. 

Mais la grande absente de cette cérémonie sera la future impératrice Masako, pourtant épouse de son prince impérial de mari depuis 26 ans. Pour une raison simple : les femmes de la famille royale ne sont pas admises dans la pièce où le nouvel empereur reçoit les insignes sacrés. Rappelons que la princesse Masako était, dans la vie civile, une diplomate extrêmement brillante. 

Mais c'est loin d'être la seule discrimination touchant les femmes au sein de famille impériale japonaise : elles sont aussi interdites de succession au trône. Pire encore, lorsqu'une princesse se marie, elle sort définitivement de la famille impériale !  

Il y a eu des tentatives de réforme

Une vague tentative en 2017 lorsque la loi sur l'abdication de l'actuel empereur Akihito a été adoptée par le Parlement. Les parlementaires ont poliment demandé qu'une étude soit conduite pour permettre aux femmes de monter sur le Trône du Chrysanthème. Une suggestion très vite oubliée par l'actuel gouvernement conservateur de Shinzo Abe. Après tout, lui-même n'a trouvé qu'une seule femme à nommer au sein de son propre gouvernement. Pourquoi donc déranger un si bel ordonnancement masculin ? 

En fait, cette condition féminine misérable des femmes au sein de la famille impériale japonaise est à l'image de toute une société qui n'accorde aux femmes qu'un rôle subalterne, tant au niveau politique qu'au niveau économique. Je pourrais vous citer pleins de chiffres, tous plus effrayants les uns que les autres, mais je n'en retiendrais que deux. 

  • Le Japon est, en termes de représentation politique des femmes, se situe au 161e rang sur 193 pays. 60 places en dessous de... l'Arabie saoudite. 
  • Et le second est, à mon avis, plus parlant encore parce que plus durable : l'écart de salaires entre homme et femme est, au Japon, de 25% : un des pires écarts de l'ensemble des économies développées. Alors même que les Japonaises sont particulièrement bien formées. 

La conséquence est immédiate : punie par la société et le monde du travail, les Japonaises ont un des plus bas taux de natalité au monde et une des populations les plus âgées de la planète. C'est simple, lorsque l'empereur Akihito a été intronisé en 1989, le Japon comptait 123 millions d'habitants. Vingt ans plus tard, la population japonaise culminait à 128 millions d'habitants. En 10 ans, cette année, elle a diminué à 126 millions. 

Autrement dit lorsque vous regarderez la cérémonie des « trois trésors sacrés » du nouvel empereur Naruhito, plaignez l'impératrice Masako et avec elle, toutes les femmes du Japon qui se vengent de leur relégation comme elles peuvent.

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