Pendant que le monde est occupé par le coronavirus, le maréchal Khalifa Haftar s’est autoproclamé chef de toute la Libye, en rupture de tous les accords. La guerre se poursuit, entrecoupée de brèves accalmies, avec le soutien d’acteurs régionaux.

Le maréchal Khalifa Haftar lors de l’annonce unilatérale, lundi, selon laquelle il se proclamait dirigeant de la totalité de la Libye, mettant fin aux tentatives de médiation.
Le maréchal Khalifa Haftar lors de l’annonce unilatérale, lundi, selon laquelle il se proclamait dirigeant de la totalité de la Libye, mettant fin aux tentatives de médiation. © AFP / LNA War Information Division / AFP

Il y a un mois, le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Gutteres, lançait un appel à une « trêve du coronavirus » dans tous les conflits de la planète. En Libye, il n’a pas été entendu, et les cessez-le-feu, comme celui qui a été décrété cette nuit pour le ramadan, ne sont que des accalmies jà peine respectées entre deux périodes de combats.

L’un des deux protagonistes, le maréchal Khalifa Haftar, a même profité de la mobilisation du reste du monde contre la pandémie pour mener un coup d’éclat et s’autoproclamer dirigeant de toute la Libye. Il dit avoir pris acte de la « volonté du peuple » ; mais ça fait bien longtemps que les chefs de guerre libyens ne demandent pas son avis au peuple.

Haftar donne ainsi le coup de grâce à la tentative de médiation des Nations Unies, qui visait à réunir les deux camps qui s’opposent : d’un côté, celui du maréchal, basé dans l’Est de la Libye, et de l’autre le gouvernement de Tripoli du Premier ministre Fayez Sarraj. Il se moque aussi des efforts de médiation entrepris ces derniers mois, à Moscou et surtout à Berlin, où, en présence de plusieurs chefs d’État, des engagements avaient été pris pour une désescalade du conflit.

Tout en donnant des gages de soutien aux initiatives diplomatiques, Haftar a lancé il y a un an une offensive militaire contre la capitale libyenne. Il espérait une victoire rapide, mais un an plus tard, bien qu’il contrôle une bonne partie du pays, il n’arrive toujours pas à prendre Tripoli.

En s’affirmant chef de toute la Libye il signale à ses rivaux de Tripoli qu’il compte bien sur une victoire militaire totale, là où il affirmait jusqu’ici qu’il n’y avait pas de solution militaire. Sans doute a-t-il reçu l’assurance de ses soutiens internationaux.

Chaque camp a des soutiens internationaux qui lui apportent des armes, et même des troupes en renfort, ainsi qu’une « couverture » politique nécessaire.

Le maréchal Haftar est d’abord soutenu par les Émirats arabes unis, qui sont directement engagés dans les combats avec des drones armés. L’organisation Human Rights Watch a accusé hier les Émiratis de « ne prendre aucune mesure pour protéger les civils » lors de leurs frappes de drones.

Mais les Émirats ne sont pas seuls, l’Egypte du maréchal Sissi voit en Haftar un clone du dirigeant égyptien, un homme fort à l’ancienne, hostile aux Frères musulmans. La Russie a aussi déployé des combattants privés au service de l’armée de l’Est, même si elle limite son engagement. Et enfin, la France a maintes fois été accusée de soutenir ce chef militaire, tout en proclamant son soutien aux efforts de médiation.

Le gouvernement reconnu de Tripoli, pour sa part, doit son salut à la Turquie, qui a envoyé des miliciens islamistes syriens, payés pour défendre la capitale libyenne. 

Cette guerre par procuration est l’illustration parfaite d’un monde sans règle du jeu, sans gendarme, sans sécurité collective, ouvrant la voie aux surenchères de puissances régionales en mal d’influence. Après la Syrie, la Libye s’est enfoncée dans la guerre parce que les grandes puissances ont vidé les Nations Unies de leur substance, à la capacité d’action limitée.

La Libye, tout comme le coronavirus, sont les révélateurs d’un monde fracturé et divisé ; les seigneurs de la guerre en profitent.

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