Menacée d’être déclarée « organisation extrémiste », l’organisation de l’opposant emprisonné Alexei Navalny s’est auto-dissoute pour protéger ses membres. Les médias sont aussi sous pression. L’espace politique pour une opposition à Poutine se réduit.

Première apparition d’Alexei Navalny depuis l’arrêt de sa grève de la faim la semaine dernière : il est apparu jeudi 29 avril sur un écran en visioconférence lors d’un procès en appel.
Première apparition d’Alexei Navalny depuis l’arrêt de sa grève de la faim la semaine dernière : il est apparu jeudi 29 avril sur un écran en visioconférence lors d’un procès en appel. © AFP / Babushkinsky Court Press Office / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Vladimir Poutine est en train de détruire Alexei Navalny et ses amis en tant que force politique en Russie. L’opposant emprisonné paye d’abord chèrement d’avoir commis le crime suprême de lèse-majesté en s’en prenant directement au maître du Kremlin et ses goûts de luxe, quand le niveau de vie moyen baisse en Russie ; et il est neutralisé dans la perspective des élections législatives prévues en septembre.

Quelles qu’en soient les motivations, l’espace politique pour une véritable opposition à Vladimir Poutine s’est donc considérablement réduit en Russie, surtout au moment où le Président russe s’est donné les moyens institutionnels de rester au pouvoir jusqu’en 2036.

Tout se passe comme si Poutine n’avait plus besoin de faire semblant, et assumait sa présidence autocratique, à un moment où les tensions internationales ne font que grandir ; comme en témoignent les expulsions croisées de ces derniers jours entre pays de l’Union européenne et la Russie.

L’organisation d’Alexei Navalny a annoncé hier son auto-dissolution, après une décision de justice ordonnant le gel de ses activités. L’ONG s’attend à être déclarée dans quelques jours « organisation extrémiste », et, plutôt que de mettre ses membres en danger, elle a choisi de disparaître.

« Soyons honnêtes, il n’est pas possible d’opérer dans de telles conditions », a déclaré sur YouTube Leonid Volkov, l’un des principaux lieutenants de Navalny. Il a annoncé la fermeture de tous les bureaux du réseau à travers le pays.

De son côté, Alexei Navalny a fait hier sa première apparition depuis qu’il a interrompu sa grève de la faim la semaine dernière. Il est apparu sur un écran en visioconférence lors d’un de ses procès en appel, le crâne rasé et amaigri. « Je suis un squelette effrayant », a-t-il ironisé, soulignant qu’il avait retrouvé le poids de ses 12 ans !

Sa combattivité n’est toutefois pas entamée, il a déclaré au juge : « le roi est nu », en se référant à Vladimir Poutine. Sans surprise, il a perdu son appel, et est retourné dans sa cellule. Il n’est d’ailleurs pas prêt de la quitter : une nouvelle procédure judiciaire a été annoncée contre lui, histoire de le garder à l’écart pendant longtemps.

Les médias sont, eux aussi, dans le viseur. Le site indépendant « Meduza » a été déclaré la semaine dernière « agent étranger » par la justice russe. Il est désormais obligé de mettre cette mention en tête de tous ses articles.

Meduza, un site très populaire, est basé en Lettonie depuis des problèmes en 2014, et se trouve pris dans la crise diplomatique entre l’Europe et la Russie. Sur le site, la direction prévient : « ne vous y trompez-pas, l’objectif des autorités est de tuer Meduza ». D’autres titres en ligne sont également sous pression, et ils sont convaincus que le Kremlin a décidé d’en finir avec le journalisme indépendant.

Ce nouveau tour de vis complète la loi anti-ONG de l’an dernier, et la répression plus sévère de toute manifestation. A l’image de son allié chinois, Vladimir Poutine semble estimer qu’il doit avoir un contrôle absolu de son « front » intérieur, pour affronter les vents violents du monde extérieur. Ca augure mal des prochains mois. 

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