Ce matin, Anthony Bellanger, vous revenez sur la situation grecque…

Avec une question toute simple : pourquoi la Grèce ? Je m’explique. Depuis 2008 et le début de la Grande Récession, comme on appelle maintenant cette crise économique interminable, Athènes n’a presque jamais quitté l’actualité.

La Grèce n’est pas seulement un pays en crise parmi d’autres, elle est LE pays en crise. En France, mais aussi partout ailleurs en Europe, on sait tout de ses chômeurs, de sa dette colossale, de ses politiques, de son parlement.

Et pourtant, la Grèce est 4 fois moins peuplée que l’Espagne ; elle est 8 fois moins riche que l’Italie ; et à peine plus grande que le Portugal. Or, aucun de ces pays n’a une telle couverture médiatique alors que leurs problèmes sont aussi grave.

Relance : est-ce que vous avez une explication ?

La première qui me vient à l’esprit, c’est que la Grèce n’est pas seulement en crise, elle cumule toutes les crises et au carré encore ! Comme l’Italie, elle a un problème de dette, mais deux fois et demi plus important.

Comme l’Espagne et le Portugal, elle a un problème de déficit et de chômage, mais encore plus violent. Enfin, alors que les trois autres pays autres ont perdu quelques points de PIB, la Grèce, elle, a perdu un quart de sa richesse !

En clair, la Grèce fait tout en grand et ça plait aux médias puisque c’est plus spectaculaire qu’ailleurs. Quand les Grecs manifestent, ça se termine toujours par des bagarres entre policiers et anarchistes. C’est bon pour l’image.

Lorsqu’ils votent, ils ne font rien à moitié : ils n’élisent pas des députés d’extrême droite mais carrément des néo-nazis. Les derniers sondages ne donnent pas une simple poussée d’extrême gauche mais la voient carrément au pouvoir !

Enfin, il y a une dernière raison qui explique cette omniprésence : la Grèce est à la fois au programme du bac et elle est, en plus, une destination touristique de choix. En clair, les journalistes l’ont potassé au bac et vont y passer leurs vacances.

Relance : vous oubliez les Grecs eux-mêmes !

Pas du tout, au contraire ! Depuis 2008, les gouvernements grecs successifs ont au contraire tiré admirablement profit d’une situation dramatique. La aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes :

Pour sauver son économie, l’Europe a dépensé 240 milliards d’euros. C’est à dire – en euros constants, une somme deux fois plus importante que l’ensemble du plan Marshall qui, je vous le rappelle, a sauvé l’Europe de la ruine après 1945 !

Et en échange, qu’a-t-on obtenu ? Rien. La Grèce n’a toujours pas de cadastre et les réformes qu’elle a engagées sont minimales. Les Grecs souffrent mais le travail au noir est toujours aussi important, les administrations aussi peu efficaces.

Et le plus dur est encore à venir : il va falloir effacer la dette grecque. C’est-à-dire que la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Europe en général va devoir s’asseoir sur tout ou partie de ces 240Mds€ prêtés et sans contrepartie ! Quel talent ces Grecs !

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