250 000 personnes sont sur les routes pour fuir les bombardements et l’avance de l’armée de Bachar el Assad et de ses alliés russes dans la dernière zone encore aux mains des rebelles. La situation humanitaire y est dramatique mais un véto russe et chinois empêche l’aide internationale.

Campement de fortune de déplacés syriens, dont des enfants, fuyant les bombardements russes et syriens dans la zone d’Idlib, le 28 décembre 2019.
Campement de fortune de déplacés syriens, dont des enfants, fuyant les bombardements russes et syriens dans la zone d’Idlib, le 28 décembre 2019. © AFP / Muhammed Said / ANADOLU AGENCY

C’est en passe de devenir la plus grande catastrophe humanitaire du conflit syrien qui, depuis neuf ans, n’en a hélas pas manqué. Plus de 250.000 civils ont déjà fui l’avancée des troupes du régime de Bachar el-Assad, appuyé par les Russes, qui tentent de reconquérir l’enclave d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie.

Ces réfugiés se retrouvent dans le dénuement le plus complet, au coeur des rigueurs de l’hiver, alors que les camps de réfugiés en Turquie sont déjà saturés avec plus de quatre millions de personnes arrivées au fil des années. Les bombardements n’épargnent pas les installations médicales : la Russie a été à plusieurs reprises accusée d’avoir délibérément ciblé des hôpitaux ou des cliniques.

L’action humanitaire internationale y est extrêmement difficile, un médecin français, le Dr Raphaël Pitti, qui intervient en Syrie depuis des années, est d’ailleurs venu à ce micro il y a quelques jours pour lancer un cri d’alarme qui résonne malheureusement dans le vide. La semaine dernière, la Russie et la Chine ont mis leur véto pour la 14ème fois au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer une résolution sur la Syrie, qui aurait permis une aide transfrontalière aux civils d’Idlib.

La province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie
La province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie © AFP / STAFF / AFP

Idlib, c’est la dernière poche rebelle en Syrie, mais c’est aussi trois millions de civils, dont certains sont déjà des réfugiés d’autres zones de guerres depuis des années. A chaque bataille majeure, comme à Alep, les rebelles encerclés avaient le choix entre se rendre ou aller à Idlib. C’est là que se concentrent aujourd’hui les efforts d’Assad et de ses alliés russes.

La situation y est d’une grande complexité. Il y a d’abord des acteurs syriens, les djihadistes du groupe Hayam Tahrir Al-Cham, qui l’ont emporté dans les luttes entre factions rebelles pour le contrôle du territoire. Et il y a aussi la Turquie, qui a une série de positions fortifiées à l’intérieur du territoire syrien, qui se trouve aujourd’hui en position délicate car sur le chemin de la reconquête d’Assad.

En Syrie, comme de plus en plus en Libye, les conflits sont devenus le terrain où se jouent les nouveaux rapports de force d’une époque qu’il faut bien baptiser « post-occidentale ». La Russie y a fait son grand retour politico-militaire en 2014 en profitant de la décision de Barack Obama de ne pas intervenir ; tandis que la Turquie d’Erdogan déploie actuellement son ambition sur tous les fronts de l’ex-empire ottoman. 

Le silence occidental est assourdissant, en particulier celui de l’Europe qui voit se développer des crises dans sa proximité immédiate, et donc avec des conséquences très concrètes pour elle, comme en 2015. 

Ça laisse le terrain libre à des puissances sans scrupules, détachées de toutes les règles de la gouvernance internationale. Turcs et Russes ont beaucoup négocié autour du sort d’Idlib, mais se retrouvent opposés aujourd’hui, tout comme ils interviennent militairement dans les camps rivaux de la guerre civile libyenne. Visiblement, dans les deux cas, le sort des civils n’est pas leur priorité, c’est ce qui se passe quand le monde revient à la loi du plus fort.

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