Un entretien en visioconférence entre le numéro un chinois Xi Jinping et les dirigeants européens devrait permettre la signature d’un accord sur les investissements ; un coin enfoncé par Pékin entre l’Europe et les États-Unis à l’heure du changement de Président américain.

Depuis dix ans, la Chine et l’Union européenne négociaient un nouvel accord sur les investissements ; la Chine a fait des concessions à l’approche du changement de Président à Washington.
Depuis dix ans, la Chine et l’Union européenne négociaient un nouvel accord sur les investissements ; la Chine a fait des concessions à l’approche du changement de Président à Washington. © AFP / Dursun Aydemir / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Il n’y a pas que l’accord post-Brexit avec le Royaume Uni qui occupe l’Union européenne en cette fin d’année : il y a aussi un accord global sur les investissements avec la Chine qui semble sur le point d’être conclu, et qui fait déjà de grosses vagues.

Angela Merkel, Emmanuel Macron, et les dirigeants de l’Union devraient s’entretenir aujourd’hui en visioconférence avec le numéro un chinois Xi Jinping, dernière étape avant la signature. Ce texte était en négociation depuis pluis de sept ans - et pourtant il y a un air de précipitation dans cette dernière ligne droite.

C’est qu’un accord de cette importance avec la Chine est tout sauf anodin. Les rapports avec Pékin sont LA question stratégique qui agite le monde entier depuis que Donald Trump a déclenché sa guerre commerciale et technologique avec la Chine. 

Faut-il suivre les Américains dans cette nouvelle "guerre froide" ? 

C’est la question que chaque pays se pose depuis deux ans, et de nouveau à l’approche de la prise de fonction du démocrate Joe Biden.

Avec cet accord, les Européens semblent avoir tranché, et c’est le moment choisi qui fait des vagues. Fallait-il offrir ce cadeau politique à la Chine ? Car c’en serait un, à l’issue d’une année marquée par la pandémie venue de Wuhan, la mise au pas autoritaire de Hong Kong, les révélations sur le sort des Ouigours, et une diplomatie chinoise des plus agressives; et en pleines tensions sino-américaines.

La semaine dernière, le futur Conseiller national à la Sécurité de Joe Biden, Jake Sullivan, tweetait son étonnement à l’annonce de l’accélération des négociations, et appelait à des "consultations rapides avec les Européens sur nos inquiétudes communes au sujet des pratiques économiques de la Chine". On ignore si ces consultations ont pu se tenir, mais nul doute que l’administration démocrate prendra cet accord comme un mauvais coup.

Pourquoi l’Union européenne fait-elle ce choix ? 

Il y a bien sûr l’opportunité économique, la Chine étant la seule grande économie en croissance cette année, malgré la pandémie, et les milieux d’affaires européens poussaient à la signature. 

Mais ce n’est pas la seule raison, il y a aussi une forte réticence européenne à se trouver embarqué dans la guerre froide naissante entre ces deux géants, dans laquelle les intérêts de l’Europe ne sont pas nécessairement pris en compte. Mais on peut se demander si c’est vraiment le meilleur sujet, et le meilleur moment, pour afficher cette fameuse "autonomie stratégique" annoncée.

Surtout quand il existe de fortes réticences en Europe même, y compris à Paris où le ministre français du Commerce extérieur, Franck Riester, s’inquiétait récemment de la question du travail forcé au Xinjiang. Il aura suffi de vagues promesses chinoises non-contraignantes pour balayer ces réserves ; mais qu’en sera-t-il du Parlement européen qui votait récemment sur la question des Ouigours ?

Si l’accord se fait, la Chine aura réussi son opération séduction, visant à enfoncer un coin entre l’Europe et les États-Unis, alors que Joe Biden espère monter une coalition des démocraties pour imposer un nouveau rapport de force à Pékin. Quoi qu’il en soit, la "question chinoise" sera au cœur de la redéfinition des rapports internationaux en 2021 - et nous n’en sommes encore qu’au premier round.

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