L’Irak divise les dirigeants européens. Les Etats-Unis cherchent à isoler Paris et Berlin. Dans une déclaration commune, titrée « L’Europe et l’Amérique doivent agir ensemble », sept Premiers ministres de l’Union européenne prennent, ce matin, parti pour les Etats-Unis, contre l’Allemagne et la France. Outre Tony Blair, José Maria Aznar et Silvio Berlusconi, les chefs de gouvernement du Danemark, du Portugal, de la Pologne et de la Hongrie cosignent ce texte dans le lequel on lit que « la relation transatlantique, plus que jamais garantie de notre liberté, ne doit pas être victime des constantes tentatives du régime irakien de mettre la sécurité du monde en danger ». A aucun moment Jacques Chirac et Gerhard Schröder ne sont directement cités, encore moins attaqués, mais, outre qu’ils ont été tenus, l’un et l’autre, dans l’ignorance de cette initiative, ce texte prend l’exact contre-pieds de leurs positions. Alors que Paris et Berlin insistent sur la nécessité de laisser, comme ils le demandent, les inspecteurs inspecter, alors qu’Allemands et Français martèlent qu’ils ne voient pas de raison de précipiter une guerre et que les inspections neutralisent, , toute menace irakienne, les Sept auxquels il faut ajouter l’ancien Président tchèque Vaclav Havel dramatisent le danger que représenterait Saddam Hussein. « Nous, Européens, avons réitéré aux sommets de Prague et de Copenhague [ceux de l’Otan et de l’Union européenne] notre soutien à la résolution 1441 et au Conseil de sécurité », écrivent-ils. « Nous avons clairement envoyé, ajoutent-ils, un message disant que nous allions libérer le monde du danger que constituent les armes de destruction de masse en possession de Saddam Hussein ». Le ton est aussi pressant, martial, emphatique parfois, que celui de Georges Bush dans son discours sur l’état de l’Union. Des paragraphes entiers paraphrasent les déclarations du Président américain et de son secrétaire d’Etat quand les Sept affirment, par exemple, que « le Conseil de sécurité perdra sa crédibilité si ses résolutions ne sont pas respectées » et que « la paix du monde en pâtira ». Comme le discours de Georges Bush, ce texte a toute la musique d’un appel à la guerre mais, sur un point fondamental, il diffère pourtant des positions américaines. Jamais l’expression de « changement de régime » n’est employée. Si vigoureux, si clairement destiné qu’il soit à épauler la Maison-Blanche, le manifeste des Sept s’en tient à la nécessité de « désarmer » l’Irak et de rester uni dans cette exigence. Formellement parlant, l’unité européenne n’est pas rompue par les Sept ( cinq des quinze actuels membres de l’Union et deux des dix nouveaux). Il est d’ailleurs probable que pas un seul de ces chefs de gouvernement n’aurait accepté de signer un texte allant plus loin mais il n’en reste pas moins que, ce matin, une division de l’Union apparaît au grand jour. D’un côté, ceux des Européens, sept sur vingt-cinq, qui ne veulent à aucun prix risquer une divergence avec les Etats-Unis ; de l’autre, ceux qui refusent que la solidarité atlantique les entraîne dans une guerre à leurs yeux aventureuse et que rien n’impose. L’Irak et Georges Bush fracturent l’Europe.

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