Les mots ne sont plus les mêmes. L’année dernière, quand il pressait le monde d’intervenir à ses côtés en Irak, Georges Bush affirmait que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, capables d’être déployées et de frapper en quarante-cinq minutes, ajoutait Tony Blair. La guerre a été déclarée. Les stocks d’armes sont restés introuvables et, petit à petit, la Maison-Blanche n’a plus parlé que de « programmes » d’armes de destruction massive. Les mois ont passé. On n’a pas plus trouvé de programmes que d’armes et Georges Bush parle désormais d’« activités liées à des programmes d’armes de destruction massive ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Comment définir ce concept d’« activités liées à des programmes » ? C’est si peu clair et il est si clair, en revanche, que cette marmelade verbale a pour seul objet de faire oublier la clarté d’une affirmation totalement infondée, que la presse américaine commence à hausser le ton. « L’Irak, écrivait hier le New York Times, avait détruit ses armes il y a longtemps, sous la pression de ces mêmes inspecteurs de l’Onu que M. Bush et ses collaborateurs décriaient dans les mois qui ont conduit à la guerre. Il est temps d’arrêter de tordre les mots et de s’atteler sérieusement à trouver où et quand les services de renseignement se sont trompés, ajoutait le plus influent des journaux américains, (car) l’opinion a besoin de savoir si le gouvernement a transformé des indications ambiguës en certitudes pour raisons politiques ou si les analystes, ce qui serait pire, ont été mis sous pression pour exagérer les renseignements dont ils disposaient ». Le New York Times veut, et le dit, que la Maison-Blanche permette la mise en place d’une commission d’enquête et le Washington Post abonde dans le même sens. « En année électorale, il est certes périlleux, écrit-il, lui, d’admettre que les renseignements fournis étaient erronés et qu’ils ont été présentés au pays de manière exagérée mais la vérité ne pourra pas être occultée pour toujours ». C’est une offensive en règle que les deux plus grands journaux américains lancent ainsi contre Georges Bush. Ils le font avec d’autant plus de vigueur que l’un et l’autre sont mal à l’aise d’avoir trop cru et longtemps relayé sans recul les affirmations de la Maison-Blanche. C’est leur réputation, pas seulement la crédibilité de l’Amérique, que le Post et le Times veulent sauver mais il est, pourtant, loin d’être certain que cette campagne accule le Président sortant à laisser établir la vérité. Pour l’heure, ses collaborateurs refusent l’idée d’enquête en laissant entendre qu’on n’aurait pas encore tout découvert. Avec 65% d’Américains toujours convaincus que cette guerre était justifiée, la Maison-Blanche peut continuer à s’en tenir à cette position. Tout dépendra pour elle de ce qui va se passer dans les mois à venir en Irak - fragile stabilisation ou aggravation des tensions.

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