Ce n’est qu’une coïncidence, mais très parlante. A l’heure même où tombait, vendredi, la nouvelle de l’OPA hostile du groupe indien Mittal sur le groupe européen Arcelor, du premier groupe mondial de sidérurgie sur le deuxième, le Forum économique mondial tenait ses travaux à Davos et quel sujet dominait, cette année, les débats des plus grands patrons du monde ? Réponse : La compétition entre les deux pays les plus peuplés de la terre, l’Inde et la Chine, les deux puissances émergeantes de ce siècle dont les taux de croissance devraient flirter cette année avec les 9%. Le forum de Davos n’a pas été pris par surprise mais, même là-bas, cette OPA a fait l’effet d’une bombe car ce n’est pas à une entreprise française, allemande ou britannique que s’attaque le groupe Mittal mais à une entreprise européenne, née de la fusion de groupes français, espagnol et luxembourgeois, à un fleuron industriel, donc, de cette puissance économique égale aux Etats-Unis qu’est l’Union des 25. L’Europe n’est pas, là, attaquée à la marge. Elle l’est sur une entreprise florissante, déjà consolidée, resserrée, européanisée. Elle l'est sur l’acier, symbole de l’industrie et de la première révolution industrielle qui avait fait sa force. C’est une date, un moment clé de l’érosion de la prééminence économique de l’Occident et de la montée des géants asiatiques et qu’en dit le ministre indien du Commerce ? Il en disait, à Davos, qu’il y aurait « bien sûr » d’autres visées de groupes indiens sur des grands de l’industrie mondiale car, dès l’année dernière, rappelait-il, y eut plus d’investissements indiens en Grande-Bretagne et en Australie que l’inverse. Non seulement, l’Inde avance maintenant du même pas que la Chine mais, contrairement à la Chine, elle est une démocratie, assez forte et stable pour faire tenir ensemble un sous-continent où la plus grande misère côtoie de brillantes percées dans l’informatique, la chimie ou les armes. Il faudra vivre avec le défi indien, c’est-à-dire, savoir le relever en pensant et organisant le développement de l’Union. C’est l’évidence. Une évidence qu’un enfant comprendrait mais que se passe-t-il dans le monde ? Tandis que l’Inde et la Chine sont tout entières tendues vers leur affirmation, les Etats-Unis défendent bec et ongles leurs intérêts, industries et agriculture ; la Russie renaît des décombres soviétiques en concentrant ses richesses gazière et pétrolière dont elle a fait une arme, économique et politique et l’Europe ? Eh bien l’Europe musarde, déchirée par la TVA sur la restauration ; obnubilée par le combat d’il y a trente ans, la libre concurrence entre ses pays membres, et aveugle à la bataille d’aujourd’hui, celle de la concurrence des autres continents ; effrayée par l’idée de s’élargir quand elle en aurait tant besoin pour faire poids et soucieuse, avant tout, de ses institutions nationales auxquelles ni ses gouvernements ni ses électeurs ne veulent substituer un gouvernement de l’Europe – condition sine qua non, pourtant, d’une politique économique et industrielle de l’Union. Célébrons Mozart mais ne nous étonnons pas aux prochaines OPA.

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