L’Europe, au moins, suit son calendrier. Après les « non » français et néerlandais, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union, le Conseil européen, avaient résolu d’attendre ce semestre, pour tenter d’ouvrir les voies d’un rebond. On y est, sous présidence allemande, et, logiquement, les idées fusent mais en si grand nombre que la confusion va croissant. Vendredi, les pays qui ont ratifié le Traité constitutionnel rappelaient qu’ils sont majoritaires et que c’est de leur « oui » qu’il faudrait, donc, repartir. Angela Merkel travaille à une déclaration qui rappellerait, le 25 mars, à l’occasion du 50ième anniversaire du Traité de Rome, le sens et le besoin, surtout, de l’unité européenne. Ségolène Royal souhaiterait ajouter un « volet social » à la Constitution pour la rendre acceptable aux Français. Philippe Douste-Blazy proposer de commencer par les principales réformes institutionnelles avant d’en revenir à de plus grandes ambitions et Hubert Védrine de ranimer l’enthousiasme en accompagnant le texte existant de grands projets concrets. Bref, ça part dans tous les sens et peut-être serait-il temps d’admettre que le rejet du projet de Constitution a creusé les différences fondamentales que les compromis dont il était fait avaient provisoirement masquées. Les uns rêvent d’une Europe puissance, les autres ne veulent de rien de plus qu’un grand marché et, sauf à épuiser toutes les ressources de la langue de bois, sauf à rendre l’Europe définitivement incompréhensible, aucun nouveau traité n’aura raison de cette réalité première qu’il faudrait plutôt reconnaître pour en faire la base d’un nouveau départ. Comment ? En scindant les problèmes. Si insatisfaisante qu’elle soit pour les partisans d’une Europe puissance, l’Union telle qu’elle est aujourd’hui, cette zone de libre-échange régie par des règles de droit communes, est, après tout, un immense succès. Il faut et on peut réunir l’unanimité des 27 pour en améliorer le fonctionnement mais pas pour en changer la nature. Il n’y aura pas avant longtemps de consensus pour en faire une Europe politique mais rien n’interdit, en revanche, à ceux des pays membres qui veulent aller dans cette direction de le faire entre eux, en marchant, au sein de l’Union, vers une unité renforcée. Rien n’interdit à ceux qui le voudraient de chercher à progressivement harmoniser leurs politiques économiques et fiscales, leurs diplomaties, leurs efforts de recherches, leurs systèmes d’armements et leurs forces militaires. Ils pourraient redonner ainsi un sens politique au processus d’unification, ouvrir un horizon et constituer, par là, une avant-garde susceptible d’étoffer ses rangs quand d’autres souhaiteront la rejoindre. Plutôt que de se perdre dans de vains marchandages, sans doute est-ce sur cet objectif là qu’il faudrait maintenant se mobiliser et cela d’autant plus que ce découplage permettrait de ne pas fermer les portes de l’Union, de ce marché commun, à de nouveaux élargissements.

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