Ce n’est pas encore le réchauffement mais, déjà, le dégel – en trois actes. Lundi, Dmitri Medvedev et Barack Obama ont leur première conversation téléphonique et conviennent, indiquera la Maison-Blanche, de mettre fin à la « dérive » des relations américano-russes. « Les présidents, dira, pour sa part, le ministre russe des Affaires étrangères, ont confirmé leur souhait de surmonter les divergences persistant entre nos deux pays et je suis sûr qu’ils trouveront l’occasion d’avoir un dialogue direct » qui devrait s’ouvrir, précise-t-il, le 2 avril, à Londres, en marge de la réunion du G-20. Deuxième acte, faisant état de « signaux en provenance des Etats-Unis », la Russie fait savoir, mercredi matin, qu’elle « suspend » le déploiement de missiles sur la plus occidentale de ses terres, l’enclave de Kaliningrad, l’ancienne Königsberg, située entre la Pologne et la Lituanie. Ce déploiement avait été annoncé, il y a deux mois, par Dmitri Medvedev en réponse au projet américain d’installation d’un système anti-missiles en Europe centrale mais le Kremlin estime, maintenant, qu’il n’a plus de raison de se hâter puisque « la nouvelle administration américaine ne cherche pas à accélérer » ce projet. Avec l’ambition de Georges Bush d’élargir l’Otan à l’Ukraine et la Géorgie, cette affaire du système anti-missiles avait été l’une des deux principales causes de la dégradation des relations américano-russes. La nouvelle est, donc, d’importance et le troisième acte va se jouer à Davos, un instant plus tard. Vladimir Poutine y prend la parole, ce même mercredi, devant les plus hauts responsables économiques et politiques du monde. L’assistance se demande s’il va tendre la main aux Occidentaux ou s’en éloigner encore plus et l’on est vite fixé. « Nous sommes tous dans le même bateau », déclare le Premier ministre russe en adressant ses vœux de succès à l’équipe Obama. « Dans cette complète tempête » qu’est la crise économique mondiale, il n’est pas question, explique-t-il, d’opter pour « l’isolationnisme ou l’égoïsme économique ». Il parle de « dépendances réciproques et d’intérêts mutuels », plaide pour une « modération des dépenses militaires » qui ne peuvent pas constituer, dit-il, un remède à la récession et appelle, en un mot, l’Europe, l’Asie et l’Amérique à une « coopération constructive » avec la Russie. Reste à voir si les terrains d’entente vont se trouver. Ce n’est pas encore dit mais Washington et Moscou ont de solides raisons de se rapprocher. Les Etats-Unis ne peuvent pas espérer résoudre les crises du grand Proche-Orient, iranienne et afghane notamment, sans le soutien de la Russie. Barack Obama ne pouvait pas l’obtenir sans rompre avec les bien inutiles défis que Georges Bush avait lancés au Kremlin. Les dirigeants russes ont maintenant réalisé, de leur côté, qu’ils ne se sortiraient pas seuls d’une crise économique qui a fait fondre leurs revenus pétroliers, chuter leur Bourse, dégringoler leur monnaie, ralenti leur production et réduit de moitié leurs réserves de devises. Le dégel est aussi rapide que la crise est, partout, profonde.

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