On comprend bien ses raisons. Si Vladimir Poutine fait tout ce qu’il peut pour empêcher que le Conseil de sécurité ne condamne et sanctionne les exactions du régime syrien, c’est qu’il ne peut pas souhaiter, pas plus que les dirigeants chinois, qu’un soulèvement populaire et l’aspiration à la démocratie ne fassent tomber une dictature de plus dans le monde arabe.

Il sait bien que le succès des soulèvements tunisien et égyptien a donné des idées à ses propres opposants. De la non-violence à internet en passant pas la dérision, il est en butte, depuis décembre, à une contestation croissante qui reproduit beaucoup des armes utilisées par le printemps arabe. La dictature russe est, en un mot, solidaire d’une autre dictature face au vent de liberté qui les menace toutes depuis un an.

C’est la première et la plus importante raison pour laquelle Vladimir Poutine persiste, jusqu’à présent en tout cas, à opposer à tout projet de résolution contre Bachar al-Assad le droit de veto dont la Russie dispose au Conseil de sécurité. Sa deuxième raison est militaire car la Russie dispose en Syrie de facilités qui lui assurent une présence maritime en Méditerranée. La troisième, enfin, est diplomatique car la Russie ne veut ni que les Occidentaux ne consolident la popularité qu’ils ont retrouvée dans le monde arabe en y soutenant le printemps ni qu’ils ne se débarrassent de ce dernier obstacle à leur bonne entente avec les pays musulmans qu’est l’axe constitué par l’Iran et la Syrie.

Pour Vladimir Poutine, l’enjeu est de taille mais c’est au nom d’une cause perdue, la survie du régime syrien, qu’il est en train de compromettre d’un coup, les relations de la Russie avec les Occidentaux et l’ensemble du monde arabe. Affaibli sur sa scène intérieure, Vladimir Poutine s’aveugle sur la scène internationale et y affaiblit la Russie car, protection russe ou pas, Bachar al-Assad perd pied.

Impossibles à comptabiliser, les désertions se multiplient dans les rangs de ses forces armées. Elles sont en tout cas assez nombreuses pour que de véritables affrontements militaires entre forces dissidentes et loyalistes se soient désormais ajoutés aux manifestations de rue. Les massacres et la généralisation de la torture utilisée, y compris contre des enfants, pour terroriser la population n’ont fait que grossir l’indignation populaire et étendre la contestation à toutes les régions sans exception.

Même la région de Damas n’est plus sûre pour ce régime puisque de nombreux faubourgs de la capitale ont basculé dans l’insurrection et qu’il a fallu y envoyer deux mille hommes en renfort ce week-end. Non seulement l’insurrection se renforce en Syrie mais le secrétaire-général de la Ligue arabe arrive aujourd’hui à New York, flanqué du chef de l’opposition syrienne, pour demander au Conseil de sécurité de soutenir le plan de transition proposé par son organisation. Il n’a que deux pays à convaincre, la Chine et la Russie, et sa démarche est particulièrement embarrassante pour le Kremlin.

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