Ce n’était pas des visites de routine. A la tête d’un pays dont les réserves de devises ont fondu et l’économie s’effondre, Mohamed Morsi, le président égyptien, devait venir cette semaine à Paris et Berlin pour y demander l’appui de l’Europe dans ses négociations avec le Fonds monétaire international, rassurer les investisseurs, tenter de relancer le tourisme – éviter, en un mot, la faillite qui pointe au Caire. Pour cet islamiste élu en juin dernier, ces visites relevaient de la plus urgente des priorités mais il ne passera finalement, aujourd’hui, qu’une poignée d’heures à Berlin et ne viendra pas du tout à Paris vendredi, jour où l’opposition laïque -gauche, droite et centre réunis- appelle à de nouvelles manifestations dans une crise qui ne cesse maintenant plus de s’aggraver. Alors que l’anniversaire des débuts de la révolution de 2011 vient d’être marqué par de véritables émeutes qui ont fait plus de cinquante morts, l’armée est sortie hier du silence auquel Mohamed Morsi l’avait réduite l’été dernier en limogeant ses plus hauts responsables. « La poursuite du conflit entre les forces politiques constitue une réelle menace pour la sécurité du pays », a déclaré le chef d’état-major. Nous sommes face à « un risque d’effondrement de l’Etat », a poursuivi Abdel Fatah al Sissi et lorsqu’un général qui est également ministre de la Défense s’exprime ainsi, la donne change. Etat dans l’Etat et première puissance économique du pays dont elle avait tenu les rênes de la chute de la monarchie à celle d’Hosni Moubarak, durant six décennies, l’armée vient de déclarer ainsi qu’elle pourrait bientôt considérer de son devoir de reprendre le salut de l’Egypte entre ses mains. Cela ne signifie pas forcément, pas déjà en tout cas, qu’un coup d’Etat militaire s’annonce mais l’état-major est maintenant rentré en scène, comme quatrième acteur d’une crise toujours plus insoluble. Au cœur d’un pouvoir bien relatif, il y a les Frères musulmans qui n’avaient pas pris part à la révolution parce qu’ils n’y avaient d’abord pas cru, qui avaient ensuite fait le choix de ne pas briguer la présidence car ils ne se sentaient pas assez forts pour l’assumer mais qui étaient finalement entrés en lice parce que la division des laïcs faisait de leur confrérie la première des forces politiques égyptiennes. Législatives et présidentielle, les Frères ont remporté les élections mais, comme ils l’avaient craint, ils se trouvent aujourd’hui en charge d’une économie en ruines et face à une moitié du pays qui ne veut pas d’eux. Leur impopularité grandit et, dans l’opposition, les laïcs se sont maintenant regroupés dans un cartel dont l’unité se renforce de jour en jour. L’opposition parle d’une seule voix. Elle se sent désormais assez forte pour poser ses conditions à Mohamed Morsi qui voudrait l’associer aux responsabilités car il n’est plus à même de gouverner seul tant grandit la colère sociale des plus démunis, troisième et nouvel acteur de la scène politique. La situation est bloquée. Au sens propre du terme, l’Egypte est entrée dans une période d’anarchie et la tentation des généraux parait être de devenir le pouvoir de l’ombre, celui qui définirait et imposerait un compromis entre islamistes et laïcs.

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