Austérité, disait l’une. Relance, disait l’autre. Entre la France et l’Allemagne, il y avait une complète différence d’approche sur ce qu’il convenait de faire en Europe mais aujourd’hui, les choses changent, et beaucoup.

Aujourd’hui, chacun fait ou va faire ce que lui demandait l’autre.

Pour la France, on sait. François Hollande veut désormais réduire plus encore les dépenses publiques, baisser les impôts et s’attaquer au chômage en réduisant la part de cotisations sociales payées par les entreprises afin de leur permettre d’investir, de se moderniser et d’embaucher. Toute une partie de l’opposition n’y croit pas et dénonce là un pur et simple mensonge. Beaucoup de Français attendent de voir mais à Berlin, c’est l’unanimité ou presque, un flot d’encouragements et un tonnerre d’applaudissements pour ce qu’on y salue comme un tournant aussi courageux que prometteur.

Economiquement parlant, la France parle maintenant allemand mais, socialement parlant, l’Allemagne se met au français, genre cours d’immersion totale. S’adressant hier au Bundestag, le Parlement fédéral devant lequel elle a multiplié les références à « l’économie sociale de marché », ce mélange d’économie de marché et de protection sociale, cette concertation permanente sur laquelle l’Allemagne s’était reconstruite après-guerre, Angela Merkel a longuement défendu l’introduction d’un salaire minimum et un assouplissement, aussi, du régime des retraites.

Alors que l’âge auquel on pouvait achever sa vie active avait été porté à 67 ans en 2007, toute personne ayant cotisé durant quarante-cinq ans pourra maintenant toucher sa retraire dès 63 ans et les pensions des mères de famille seront augmentées. Ces réformes coûteront 60 milliards au budget d’ici 2020 et 160 d’ici 2030 mais « l’humanité d’une société se jauge à sa manière de traiter les plus faibles, les plus vieux et les malades », a expliqué la chancelière qui a également défendu la généralisation du Smic en disant qu’« aucune personne ayant du cœur ne pouvait rejeter l’idée d’un salaire minimum ».

Ce n’est pas ce que Mme Merkel avait toujours dit mais, outre que ces engagements figurent, au plus grand désespoir du patronat allemand et de la presse conservatrice, dans le programme de coalition qu’elle a signé avec les sociaux-démocrates, l’idée qu’il fallait relancer la consommation en Allemagne pour relancer la croissance en Europe s’est finalement imposée à Berlin.

Beaucoup d’économistes allemands le disaient. Le FMI et les Etats-Unis également, et la France le martelait nuit et jour, aussi fort que l’Allemagne appelait au tournant que François Hollande vient de prendre.

Il n’y a plus divergence mais convergence, une convergence économique d’autant plus frappante que, parallèlement, l’Allemagne se rapproche de la France sur les questions de défense en expliquant – c’est son ministre des Affaires étrangères qui parle – que le pays le plus peuplé et le plus riche d’Europe ne peut plus refuser son concours militaire à la solution des crises internationales et en rester à une « culture du +on se tient à l’écart + ». C’est là un changement d’approche radical qui est approuvé par 51% des Allemands.

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