Où l'on voit un projet de loi polonais réveiller un siècle de souvenirs et de griefs que l'Histoire n'a pas encore démêlés

C’est une expression dont personne, en Pologne, ne tolère l’usage. Qu’on y soit de gauche ou de droite, jeune ou vieux, adversaire ou partisan du PiS, le parti nationaliste et conservateur au pouvoir depuis 2015, personne en Pologne n’admet que l’on qualifie de « camps de la mort polonais » les camps d’extermination que les nazis avaient créés en Pologne.

         Le problème est que cette facilité de langage consistant à confondre l’emplacement des camps avec leur paternité est tellement répandue de par le monde que le PiS a décidé de l’interdire par la loi. Quiconque dit ou laisse entendre que la Pologne serait même partiellement responsable du génocide des Juifs et parle, notamment, de « camps polonais » serait ainsi passible, si ce projet était définitivement adopté, d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison.

         Rien là de scandaleux, en soi, et encore moins d’injuste sauf… 

         Sauf qu’aussitôt que la loi se mêle de dire l’Histoire, elle réveille et enflamme les polémiques car, en l’occurrence, si les camps n’étaient bien sûr pas polonais, l’antisémitisme était extrêmement profond et répandu dans la Pologne du XX° siècle. 

          Contrairement à celui des nazis, ce n’était pas un antisémitisme idéologique et racial faisant des Juifs des sous-hommes à exterminer. C’était une hostilité politique tenant au fait que la Pologne était, de facto, un Etat binational dans lequel les nationalistes avaient fini par considérer les Juifs comme des menaces pour l’identité, historique et catholique, de la Pologne. Ce n’était pas le nazisme mais, quoi qu’il en soit, cet antisémitisme était tel qu’il est arrivé que des Polonais, dans les campagnes, massacrent leurs voisins juifs pendant la guerre et même dans l’immédiat après-guerre et qu’à la fin des années 60, le parti communiste a organisé une campagne antisémitisme si violente que la quasi-totalité des Juifs polonais ayant survécu au nazisme a dû quitter le pays. 

Ce sont là des faits mais le fait est aussi que beaucoup de Polonais ont aidé et sauvé des Juifs, plus que partout ailleurs, qu’il n’y eut jamais, comme en France, de police polonaise pour arrêter les Juifs et les remettre aux nazis et que le gouvernement polonais en exil fut le premier gouvernement à dénoncer et documenter la politique d’extermination menée par les nazis. 

C’est une histoire d’une extrême complexité. La loi ne peut pas l’écrire. Nationaliste ou pas, le gouvernement polonais n’aurait jamais dû s’engager dans cette démarche qui devait immanquablement susciter, et c’est le cas, le réveil de souvenirs si douloureux pour tant de Juifs polonais que le gouvernement israélien, Benjamin Netanyahou en personne, est monté au créneau en dénonçant une volonté négationniste. Pour dire l’Histoire, la loi est bien trop simple. 

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