En pleine négociation de la guerre commerciale sino-américaine, Washington a publié l'acte d'accusation contre la société chinoise Huawei, dont la directrice financière est menacée d'extradition. Un acte qui a ulcéré le pouvoir chinois.

Mme Meng Wenzhou, Directrice financière de Huawei, le 11 décembre lors d’une comparution devant le tribunal de Vancouver au Canada. Elle est aujourd’hui en liberté conditionnelle en attendant l’examen d’une demande d’extradition américaine.
Mme Meng Wenzhou, Directrice financière de Huawei, le 11 décembre lors d’une comparution devant le tribunal de Vancouver au Canada. Elle est aujourd’hui en liberté conditionnelle en attendant l’examen d’une demande d’extradition américaine. © AFP / CTV / AFP

Depuis des mois, tout le monde surveille l’évolution de la guerre commerciale sino-américaine. Mais le vrai signe de l’extrême tension entre Washington et Pékin, c’est ce qui vient de se passer avec le géant chinois des télécoms Huawei. Une crise qui a le potentiel de conduire les deux pays vers une guerre froide.

Le moment est délicat. Le vice-Premier ministre chinois Liu He démarre aujourd'hui à Washington des discussions-clé visant à mettre fin au bras de fer commercial. Mais à la veille de cette rencontre, les Américains ont mis le feu en annonçant les chefs d'inculpation lancés contre Huawei, qui vont du contournement des sanctions contre l'Iran, au vol de technologies américaines.

Depuis l'arrestation en novembre à Vancouver, de Mme Meng Wenzhou, Directrice financière de Huawei, mais aussi la fille du fondateur de l'entreprise chinoise, tous les protagonistes de cette crise géo-technologique attendaient nerveusement la suite. Désormais, Pékin est fixé : les États-Unis iront jusqu'au bout de la procédure, d'abord d'extradition de Mme Meng, puis d'un procès au cours duquel elle risque jusqu'à 20 ans de prison.

Les dirigeants chinois sont furieux, et sur les réseaux sociaux chinois, les nationalistes se lâchent : ils demandent le rappel du Vice-Premier ministre dénoncé par avance comme un « traître » s’il fait la moindre concession.

S'attaquer à Huawei est tout sauf neutre : c'est le numéro un mondial des télécoms, pionnier de la technologie 5G ; c'est surtout le fleuron de l'industrie chinoise, un champion national comme on dirait en France ; et Mme Meng appartient à l'aristocratie rouge, tout comme le président chinois Xi Jinping dont le père était un proche de Mao.

Les Américains le savent bien, et en ciblant Mme Meng, ils visent le cœur de la puissance chinoise. Donald Trump est obsédé par la rivalité avec la Chine, et en particulier l'ambition de Pékin de faire jeu égal, puis de dépasser les États-Unis, dans les technologies de demain. 

Le coup d'arrêt à Huawei, plus encore que la guerre commerciale, porte la marque des éléments les plus durs contre Pékin au sein de l'administration américaine.

Les deux pays prennent le chemin d’une nouvelle guerre froide. Le monde est en effet sur la voie d'une grande divergence technologique, entre la sphère d'influence chinoise et un ensemble occidental, lui-même divisé. 

Non seulement Washington bloque déjà Huawei sur le marché américain, mais fait pression sur ses alliés pour en faire autant. L'Australie a suivi, et l’Europe, y compris la France, s'interroge sur le risque sécuritaire du matériel Huawei. Pékin a prévenu qu’un blocage de Huawei aurait de « lourdes conséquences ».

Mais Huawei n'est que la partie visible d'une bataille technologique entre les deux géants du XXI° siècle, les deux pays qui alignent aujourd'hui les entreprises, les capitaux, et les ambitions les plus fortes, notamment en matière d'intelligence artificielle.

L'histoire retiendra peut-être que le point de départ de cette nouvelle guerre froide aura été l'arrestation d'une directrice financière à Vancouver.

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