Bruxelles recommande d’écarter l’équipementier chinois des parties sensibles du futur réseau 5G, mais pas d’interdiction totale comme les Américains. L’administration Trump est furieuse.

Le logo de l'équipementier télécom chinois Huawei devant le siège de son quartier général londonien.
Le logo de l'équipementier télécom chinois Huawei devant le siège de son quartier général londonien. © AFP / Adrian DENNIS / AFP

Ca fait plus d’un an que les Européens tournent autour d’une décision difficile : faut-il suivre les Américains dans la mise à l’index de l’équipementier télécom Huawei pour le développement du réseau 5G ? Un an de pressions opposées de l’administration Trump qui en fait une question de principe, et de Pékin qui menace de représailles les pays qui suivraient les États-Unis.

A l’arrivée, les recommandations faites hier à Bruxelles par le Commissaire européen Thierry Breton constituent d'abord un refus de s’aligner sur la position américaine ; un revers d’autant plus grand pour l’administration Trump que Boris Johnson, à la veille du Brexit, a adopté une position comparable, malgré la proximité affichée entre le premier ministre britannique et le Président américain.

Ce n’est pas non plus un succès total pour l’entreprise chinoise : Bruxelles recommande de ne pas autoriser Huawei dans les parties les plus sensibles du futur réseau 5G. Mais contrairement aux États-Unis, il n’y a pas d’interdiction totale, une mesure au parfum de « guerre froide », Huawei ne sera pas écarté des infrastructures jugées non sensibles.

Ce qui vaut cette méfiance à la marque chinoise, c’est justement sa nationalité. Même si Huawei est une entreprise privée, sa proximité avec l’État et le Parti communiste chinois est bien connue, et pose un évident problème de sécurité. Comme le disait Thierry Breton hier au « Monde », les services de la 5G concernent directement « la sécurité, voire la souveraineté des États ». Les opérateurs télécom ne doivent donc pas « sélectionner des fournisseurs à risques, qui pourraient permettre à un État par exemple de prendre la main sur des sites stratégiques ».

Les Européens prennent bien soin de ne pas cibler directement Huawei pour ne pas s’attirer les foudres de Pékin, mais il est clair que c’est le géant chinois, et seulement lui, qui est visé. 

Les Européens ont été plus discrets face aux révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse des États-Unis, y compris de ses alliés… On tolère visiblement de ses alliés ce qui inquiète chez un « rival systémique », pour reprendre la description de la Chine faite par un document de la Commission.

L’Europe prend certes le risque de mécontenter tout le monde, même si Pékin se contentera plus facilement de cette porte entrouverte : elle marque une volonté européenne de ne pas suivre aveuglément Washington dans sa guerre technologique.

Mais les Américains ne seront pas contents. Ils concentrent pour l’heure leurs critiques sur les Britanniques, dont ils attendaient une loyauté à toute épreuve. Le Secrétaire d’État Mike Pompéo a déjà appelé Londres à reconsidérer sa décision.

C’est aussi, pour l’Europe, un signal industriel fort, destiné à mobiliser les énergies pour la 5G sur lesquels l’Europe n’est pas totalement absente ; mais aussi, comme l’a annoncé Thierry Breton, pour être au rendez-vous de la génération suivante, la 6G. 

C’est une perspective lointaine mais qui montre que le vieux continent ne veut pas simplement jouer les arbitres entre les États-Unis et la Chine, mais redevenir un pôle normatif. Ca faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu cette musique-là en Europe, c’est à saluer.

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