Trois élections ce weekend : Cambodge, Zimbabwe, Mali. Trois élections entachées de difficultés, voire de malhonnêteté. Pourquoi, dans ces conditions, continuer à maintenir la fiction d'élections libres ? Parce que le système démocratique est devenu la norme, tout simplement.

Trois élections ce week-end, deux en Afrique, une en Asie : les élections malienne, zimbabwéennes et cambodgiennes. Ces élections étaient soit présidentielle – au Mali – soit législatives – au Cambodge – soit un mix des deux – au Zimbabwe. Elles sont donc totalement différentes par nature.

Elles le sont aussi par la géographie et le contexte politique : entre le Mali, pays d'Afrique de l'Ouest miné par ces contradictions ethnique et le Zimbabwe, pays d'Afrique australe à tradition anglophone, certes, mais autoritaire, il y a peu en commun.

Sans parler du Cambodge, monarchie asiatique dirigée par le même homme, Hun Sen, depuis plus de 30 ans. Si je souligne toutes ces différences, c'est pour montrer qu'au delà de ces différences, il existe bel et bien une sorte d'ordre mondial électoral.

Pas de démocratie sans élection, mais des élections sans démocraties

Que les élections ne font pas une démocratie. Tous les hommes forts – je dis homme parce que tous les régimes autoritaires sont aujourd'hui dirigés dans le monde par des hommes. Donc tous les hommes forts ont parfaitement compris cet adage.

Il suffit d'éliminer l'opposition, comme au Cambodge, de renverser le potentat précédent mais de proposer son successeur au sein du même parti, comme au Zimbabwe, ou de n'avoir pas d'autres candidats sérieux, comme au Mali, pour faire l'affaire électorale.

Mais une démocratie c'est bien autre chose : il faut bien sûr des élections libres avec un suffrage honnête, la liberté de la presse, d'opinion et d'association et aussi un appareil d'Etat libre de toute influence militaire ou étrangère.  

Une maladie qui concerne le monde entier

Cette maladie d'élections sans démocratie n'a rien d'africain ou d'asiatique ! La Russie  et la Turquie la pratique. On peut même ajouter qu'aux Etats-Unis, on peut se faire élire président avec 3 millions de voix en moins que son principal opposant !

Dans ces circonstances, la question est plutôt : pourquoi s'embarrasser d'élections ? C'est coûteux, ça suscite des mouvements de foule, donc des débordements, des leaders parviennent malgré tout à s'exprimer et surtout, ça suscite une très mauvaise presse.

La réponse est toute simple : si des régimes d'évidence autoritaires s'encombrent d'élections, c'est qu'ils n'ont pas vraiment le choix : l'ordre institutionnel mondial est démocratique. Les régimes autoritaires n'ont jamais été si peu nombreux.

La démocratie a vaincu !

Et pourtant, jamais il n'y a eu autant de régimes démocratiques dans l'Histoire de l'humanité qu'aujourd'hui : selon le Pew institute, 58% des régimes du monde sont des démocraties, contre 13% de régimes autoritaires et 26% de régimes dits mixtes.

Mais le plus spectaculaire, c'est le recul des régimes autoritaires : il y a 40 ans, ils représentaient 62% des systèmes politiques de la planète, contre je le répète 13% aujourd'hui. En clair, c'est la démocratie qui a vaincu et sert aujourd'hui de référence.

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