Deux capitales d'empire, deux enjeux de pouvoir, deux mouvements de contestation qui parlent d'universalité : les jeunesses moskovites et hongkongaises sont belles à voir et les régimes qui les répriment font presque pitié.

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés au centre-ville de Causeway Bay à Hong Kong le 21 juillet 2019, exigeant le rappel total du projet de loi sur l'extradition parrainé par le gouvernement
Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés au centre-ville de Causeway Bay à Hong Kong le 21 juillet 2019, exigeant le rappel total du projet de loi sur l'extradition parrainé par le gouvernement © AFP / EyePress News

J'ai voulu ce matin unir dans un même papier Hong Kong et Moscou et pour une raison assez évidente : les autocrates et leurs régimes policiaco-militaires ne se privent pas, eux, d'unir leurs efforts. Ils forment une sorte de club d'autocrates de plus en plus solidaires et partagent leur expérience de brutalité.

La Russie empoisonne des espions à Londres, la Chine enlève des nationaux en terre étrangère, la Turquie poursuit des militants pro-kurdes jusqu'en France. Aussi, les Saoudiens, inspirés, en viennent-ils à découper à la scie sauteuse un journaliste à Istanbul. Autre exemple ? La Libye ! A compter du moment où le club des autocrates a choisi de soutenir le général Haftar (mauvaise pioche pour le moment), l'Egypte d'Al Sissi fournit la logistique ; l'Arabie saoudite, l'argent ; la Russie et la Chine, les armes. Solidaires !

Hong Kong et Moscou mais aussi Istanbul

Pas tant que cela, vous allez voir : ce club qui forme d'ailleurs un véritable gang à l'ONU pour bloquer toute résolution désagréable ; ce club donc voit l'un des siens, Erdogan, perdre lamentablement lors de bêtes élections municipales.

Erdogan perd deux fois, en mars et en juin, la ville-monde qu'est Istanbul ! Or, il perd pire que la capitale intellectuelle de la Turquie : il perd la face ! Il est ridicule : leçon reçue 5 sur 5 à Moscou où se tiennent des élections locales en septembre.

Moscou, comme Istanbul, c'est le cœur de l'empire, la vitrine, le joyau de la couronne impériale : pas question de commettre l'erreur turque et de le perdre : on sélectionne les candidats, on interdit à l'opposition de se présenter. Circulez, y'a rien à voir !

Comme Moscou et Istanbul, Hong Kong est l'endroit où le visage du régime est moins grimaçant, où les libertés semblent mieux garanties ; mais aussi où passent l'essentiel des flux financiers de l'empire chinois. Pas question de laisser des manifs gâcher la com'.

La belle et courageuse jeunesse russe et chinoise

Une jeunesse incroyablement courageuse ! On pourrait d'ailleurs inclure la jeunesse algérienne face à un système militaro-affairiste ou la jeunesse soudanaise qui pousse toujours, malgré plus d'une centaine de morts dans les rues de Khartoum.

Et si la jeunesse de Moscou et de Hong Kong est si courageuse, c'est pour une bonne raison : elle n'a rien à perdre. A Moscou, le salaire moyen tourne autour de 1000 € alors que certains appartements se négocient à 23 000 € le m2. Même peine à Hong Kong : le salaire moyen y est de 19 000 dollars hongkongais, soit 2 200 €, c'est pile le prix moyen pour louer un studio ! Dans le même temps, Hong-Kong est la 2e ville au monde pour le nombre de milliardaires, 79 et devinez quelle est la 3e ? Moscou avec 71 !

Or cette jeunesse est éduquée, mondialisée et parle immédiatement aux siens à travers le monde ; contrairement à ces régimes autoritaires qui, certes, censurent et savent utiliser les réseaux sociaux et internet comme des armes, mais sont désemparés.

Une violence contre productive mais inhérente à ces régimes si fragiles

On est au cœur de leurs contradictions : d'un côté, ils veulent diffuser une image d'ordre et de modernité ; mais la réalité, c'est que ces régimes sont extrêmement fragiles, à la merci du moindre mouvement social, de la moindre manif, de la moindre révolte.

En Russie, cela fait des mois que la côte de popularité de Vladimir Poutine plonge et que des manifs perlées se multiplient dans tout le pays pour aujourd'hui atteindre Moscou. Même constat à Hong Kong qui, au fond, n'a jamais cessé de se révolter contre Pékin.

Aujourd'hui, à Moscou et à Hong Kong, c'est la même réaction : faire peur aux manifestants. D'où les arrestations moscovites ou les intimidations hong-kongaises. La suite est terrible : soit réprimer dans le sang, soit plier et risquer le ridicule, comme à Istanbul.

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