Le pèlerinage de La Mecque a commencé et seuls quelques milliers de pèlerins seront autorisés à le suivre. Pourquoi ne pas l'avoir annulé ? Explications.

La Mecque  en version Covid-19. Des pèlerins tenant des parapluies colorés le long d’anneaux colorés les séparant comme mesure préventive du COVID-19 et contournant la Kaaba
La Mecque en version Covid-19. Des pèlerins tenant des parapluies colorés le long d’anneaux colorés les séparant comme mesure préventive du COVID-19 et contournant la Kaaba © Getty / STR

Le pèlerinage de La Mecque a donc débuté malgré la pandémie... Enfin, sous une forme extrêmement dégradée : à peine quelques milliers de fidèles ont été autorisé à s'y rendre et les trois-quarts des étrangers qui y assisteront vivent en Arabie saoudite. D'habitude, de un et demi à deux millions de pèlerins s'y rassemblent.

Ses heureux élus ont tous reçu un kit de pèlerinage incluant des masques, du liquide hydro-alcoolique, un tapis de prière, un vêtement spécial pour les rituels – une sorte de toge sans couture et même des pierres stériles pour mieux lapider satan.

Tous ont dû se soumettre à un test de dépistage pour le Covid-19 et doivent être à jour de tous leurs vaccins (mais ça c'est une obligation usuelle). Enfin, ils devront porter un bracelet à puce pour que les autorités puissent suivre leurs déplacements dans le pays.

Annuler le pèlerinage ? Pas question !

Bonne question ! D'autant qu'il a déjà été annulé une bonne quarantaine de fois dans l'Histoire et que si le Hajj est un des 5 piliers de l'Islam – une obligation religieuse en clair –, le Coran précise justement qu'en cas d'épidémie ou de guerre, on peut surseoir.

C'est une affaire de prestige et de légitimité religieuse. Il revient à ceux qui contrôlent les deux villes saintes de l'Islam – Médine et la Mecque – d'organiser le pèlerinage. Pendant près de 1300 ans, il s'agissait des califes dont le dernier était ottoman.

Depuis la fin du califat, en 1924, ce sont les Saoud qui l'organisent avec la pas si secrète ambition, d'un jour relever le prestigieux titre de calife pour le faire sien. Donc, pour le roi Salman et son prince héritier de fils, Mohamed ben Salman, pas question d'annuler.

Une affaire économique sérieuse ce pèlerinage...

On calcule que le Hajj rapporte entre 6 et 10 milliards de dollars au Royaume tous les ans. Evidemment, c'est une somme ridicule si on la compare à ce que rapportent les exportations de pétrole  - de 200 à 300 milliards de dollars par an.

Sauf que le Hajj alimente une économie du quotidien : hôtels, marchés, transports, boutiques de souvenirs, guides, restaurants. On pourrait résumer ça par la formule suivante : le Hajj se visite et se mange, pas le pétrole et le gaz.

Autrement dit, ce sont les Saoudiens du commun qui souffrent, dans un pays déjà très affecté par la baisse des prix du pétrole : le baril était à environ 60 $ en mars, il flirte aujourd'hui avec les 43 $ après avoir plongé à moins de 20 $ au plus fort de l'épidémie.

500 milliards de dollars de réserve

C'est vrai que les différents fonds souverains saoudiens ont accumulé entre 400 et 500 milliards de dollars. Sauf que cette argent doit servir à investir dans l'avenir du Royaume, pas à colmater les déficits et les retours de fortune du présent.

En fait, rien ne réussit en ce moment à l'Arabie saoudite : ses initiatives de politique étrangères sont un désastre, du Yémen au blocus du Qatar en passant par la Libye. Sans parler de l'affaire du journaliste assassiné Khashoggi, qui a détruit l'image du régime.

Et le pire est peut-être à venir : le roi Salman a 84 ans et il est hospitalisé pour une infection depuis le 20 juillet. Il est sur le trône depuis 5 ans seulement et qui peut dire aujourd'hui que sa succession, en la personne de son fils, est parfaitement assurée ?

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