La paix, bien sûr, n’est pas encore en vue. L’espoir est fragile. Tout le menace mais, dans ces trêves annoncées par les mouvements palestiniens et ce début de retrait israélien de la bande de Gaza, il y a, tout à la fois, le fruit d’un changement de donne et, peut-être, ce n’est plus totalement improbable, une amorce de vraies négociations. Le changement de donne tient, avant tout, aux Etats-Unis. A seize mois de la prochaine élection présidentielle, Georges Bush a besoin de faire progresser la paix entre Israéliens et Palestiniens, d’obtenir un succès, au moins un de politique étrangère car son intervention en Irak va lui attirer de plus en plus de critiques. Ce n’est pas seulement que les armes de destruction massive restent introuvables et que la Maison-Blanche sera bientôt accusée de mensonge, comme l’est déjà Tony Blair dont la popularité a tant dégringolé qu’il ne serait pas réélu si des élections avaient lieu demain en Grande-Bretagne. Ce n’est pas seulement, non plus, que les forces américaines enregistrent désormais des pertes quotidiennes, morts ou blessés. C’est aussi, surtout, qu’il s’avère que les Etats-Unis étaient totalement impréparés à l’après-guerre et qu’il leur faudra soit se retirer trop vite soit envisager une occupation longue, coûteuse et dangereuse. Dans ces conditions, Georges Bush ne peut pas se permettre un autre échec après avoir annoncé, début juin, qu’il prenait personnellement en main le dossier israélo-palestinien. Pour lui, c’est une question de survie politique. C’est également un problème d’autorité pour l’Amérique et c’est pour cela que toute l’équipe Bush est mobilisée, soudain ressoudée, que les pressions sont très fortes sur Ariel Sharon, qu’elles le sont tout autant sur les Palestiniens et que les responsables américains se succèdent à Jérusalem et Ramallah. Ces pressions ont d’autant plus d’effets – c’est le second changement majeur – que l’économie israélienne est à bout de souffle et que les Palestiniens, pour leur part, n’ont tiré du terrorisme qu’un surcroît de souffrances et de ruine. La percée est tout sauf certaine mais tout y pousse, y concourt et l’on n’en est déjà plus - c’est l’espoir – à l’absolu blocage de ces trente trois derniers mois. Hier, les mouvements palestiniens disaient qu’ils ne renonceraient pas à la violence tant qu’Israël ne se serait pas retiré des Territoires occupés et Ariel Sharon répondait qu’il ne concéderait rien tant que les attentats ne cesseraient pas. Cent personnes en sont mortes par mois mais, aujourd’hui, les plus radicales des organisation palestiniennes décrètent une trêve sans qu’Israël ne se soit engagé à rien et Ariel Sharon retire les troupes israéliennes du Nord de Gaza sans que les organisations palestiniennes aient renoncé à la violence (ce n’est qu’une trêve) et sans que l’Autorité palestinienne ait accepté de casser par la force les organisations terroristes. On a bougé des deux côtés, on a légèrement progressé, et, compte tenu des difficultés de Georges Bush, il sera aussi difficile aux Palestiniens de se relancer dans la violence qu’à Ariel Sharon de refuser de nouveaux gestes vers des négociations. Aussi fragile soit-il, c’est un tournant.

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