Cet homme avait tout pour n’être pas président de la Commission. Ancien maoïste devenu libéral, José Manuel Barroso est exactement à l’antipode de ce centre, social-démocrate et démocrate-chrétien, dans lequel l’Europe avait, jusqu’aujourd’hui, puisé ses hommes de consensus, Jacques Delors avant-hier, Romano Prodi hier. Non seulement il ne vient d’aucune des deux grandes familles politiques qui ont fait l’unité de l’Europe mais, à 48 ans, ce Premier ministre portugais est, qui plus est, un homme de l’après-guerre, un baby-boomer pour lequel la réconciliation franco-allemande et la paix continentale ne sont pas des ambitions sacrées mais un acquis, une donnée, une évidence dans lesquelles il a grandi, comme toute sa génération. José Manuel Barroso est, en ce sens, un enfant de l’Europe, d’une Europe toujours en devenir mais déjà faite et si les vingt-cinq gouvernements de l’Union ont pu se mettre d’accord, hier, sur son nom, c’est qu’il incarne un nouveau centre, celui de l’Europe élargie et tiraillée par ses trois grands débats, entre fédéralistes et communautaires, libéraux et régulateurs, atlantistes et partisans d’une affirmation de l’Europe sur la scène internationale. Il avait soutenu les Etats-Unis dans leur volonté d’intervenir en Irak. Il s’était même fait l’hôte, à la veille de la guerre, du sommet qui avait réuni aux Açores, sur son territoire, Georges Bush, Tony Blair et José Maria Aznar, les trois figures de cette aventure, mais il ne s’était, pour autant, pas frontalement opposé à la FrancAllemagne, refusant, un peu comme le néerlandais, de jouer la carte de l’affrontement européen et gardant du recul dans cette bataille. Libéral, José Manuel Barroso l’est devenu après avoir été maoïste du temps de la Révolution des œillets mais il ne l’est pas beaucoup plus que beaucoup de sociaux-démocrates et, surtout, c’est un Portugais, fils d’un pays qui a pu se reconstruire et décoller grâce aux aides de l’Europe, non pas grâce aux lois du marché mais grâce aux crédits publics et au volontarisme politique. Cela fait de lui, comme de tout le Portugal, un Européen convaincu qui croit aux vertus des politiques communautaires, des décisions communes et pas à la vision britannique de l’Europe, à la simple coexistence des égoïsmes nationaux dans une zone de libre-échange. Et puis, enfin, José Manuel Barroso est ressortissant d’un des petits pays de l’Europe et d’un Etat qui ne compte pas parmi les six fondateurs, ce qui fait de lui, à la tête de la Commission, un interlocuteur rassurant pour les nouveaux membres et tous ceux qu’inquiètent le poids des grands et la connivence franco-allemande. Ce n’est ainsi pas par hasard que son nom a été poussé auprès des capitales nationales par le Parlement européen et son groupe majoritaire, les conservateurs du Parti populaire. Il est, oui, le point d’équilibre de la nouvelle Union, une expression de sa majorité politique actuelle mais reste à voir s’il saura tenir le gouvernail européen dans une période de tempête où il faudra rapprocher les points de vue et faire, d’abord, ratifier le projet de Constitution. Là, la question est ouverte.

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