La Commission européenne a présenté, hier, ses propositions pour le prochain budget de l’Union, celui qui couvrira les années 2014 à 2020. Elles vont maintenant être âprement discutées par les Etats membres et le Parlement de Strasbourg. La bataille durera dix-huit mois, jusqu’à la fin de l’année prochaine. Nul ne saurait encore dire sur quels bons ou mauvais compromis elle s’achèvera mais, quel que soit leur avenir, trois choses frappent dans ces propositions.

La première est que la Commission a choisi d’ignorer l’injonction qui lui avait été faite par la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, les trois premières puissances européennes, de geler le prochain budget au niveau de celui qui est en cours. A l’heure des plans de rigueur mis en place par chacun des gouvernements nationaux, l’Union ne peut envisager d’augmenter ses dépenses, avaient fait valoir Londres, Paris et Berlin mais Bruxelles n’en a pas moins proposé une augmentation de 5% du budget européen. En chiffres absolus, c’est important. Cela paraît même « totalement irréaliste », comme l’a aussitôt fait dire le gouvernement britannique, mais si l’on rapporte cette augmentation à celle du PIB de l’Union, le budget proposé représenterait une part moins forte de la richesse européenne qu’aujourd’hui : 1,05% contre 1,07% actuellement. La Commission tient, autrement dit, compte de l’endettement des Etats mais refuse de se voir purement et simplement privée de moyens d’action à l’heure où les difficultés imposent de développer et non pas de réduire les politiques communes.Au-delà des chiffres, c’est un débat de fond que Bruxelles vient d’ouvrir là. La question posée est de savoir si l’on veut et doit donner plus ou, au contraire, moins de place à l’Union et cette question, la Commission la repose avec une autre de ses propositions. Alors même que les gouvernements nationaux ont largement repris les commandes de l’Europe et entendent bien continuer à le faire, elle entend, pour sa part, s’affirmer en gouvernement de l’Union en développant la part de ses ressources propres. Concrètement parlant, elle voudrait que le budget européen, à enveloppe égale bien sûr, à charge égale pour le contribuable, dépende moins des dotations des Etats membres et plus d’impôts européens qui fassent exister l’Union et qu'elle perçoive directement. C’est un pas minime mais à forte portée symbolique qui est ainsi proposé et qui devrait être aussi bien accueilli par le Parlement européen que mal par des gouvernements nationaux qui ne veulent rien céder de leurs prérogatives. Quant à la troisième chose frappante dans ce projet budget, elle est qu’il marque un spectaculaire soutien de la Commission, à l’idée d’une taxe sur les transactions financières. En mots, c’est une idée qui est aujourd’hui plus ou moins acceptée par toute l’Europe à l’exception de la Grande-Bretagne mais la Commission vient de lui accorder un soutien sans précédant en ambitionnant d’assurer grâce à elle une part significative – quelques 30 milliards par an – des ressources propres qu’elle voudrait se voir allouer. Hier encore promue par les seuls altermondialistes, la taxe Tobin vient d’être consacrée par Bruxelles.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.