C’est maintenant fait. Lors de sa réunion de vendredi, le Conseil européen, l’assemblée des 28 chefs d’Etat et de gouvernements, a tourné une page de l’histoire de l’Union en amorçant une profonde évolution de ses politiques économiques et créant un précédent qui modifiera du tout au tout le fonctionnement de ses institutions.

Le précédent, c’est la désignation de Jean-Claude Juncker comme candidat du Conseil à la présidence de la Commission. L’ancien Premier ministre luxembourgeois n’est pas précisément un nouveau venu sur la scène européenne mais ce qui fait sa nouveauté est d’avoir été imposé aux dirigeants nationaux par le Parlement de Strasbourg, la seule des institutions européennes à être élue au suffrage universel paneuropéen.

C’est une complète rupture avec la tradition car c’était, jusque là, les dirigeants nationaux qui choisissaient par consensus le candidat à la présidence de la Commission dont l’investiture par le Parlement n’était ensuite qu’une formalité. C’était ainsi parce que les Etats membres voulaient garder la main sur la Commission et qu’il n’aurait pas été pensable qu’un candidat n’eut pas l’onction de l’une des grandes capitales mais, cette fois-ci, les plus importantes des forces politiques européennes s’étaient entendues pour dire à l’avance qu’elles n’accorderaient leur investiture à aucun autre candidat qu’au chef de file de la formation ayant obtenu le plus de voix aux élections européennes.

Ce fut, en l’occurrence, Jean-Claude Juncker, tête de liste des conservateurs du Parti populaire européen. La Grande-Bretagne n’en voulait à aucun prix mais les Etats n’auraient pas pu refuser de l’adouber sans ouvrir une crise institutionnelle avec le Parlement. Ils ont préféré ne pas se risquer à ce bras de fer et passer au vote. Le Royaume uni a été mis en minorité et, dans un progrès majeur de la démocratie européenne sur lequel il ne sera guère possible de revenir, le suffrage universel paneuropéen l’a emporté sur les Etats.

Ce n’est désormais plus du consensus du Conseil mais des électeurs européens et de leurs députés que procédera le président de la Commission et, pour l’heure, ce tournant vient précipiter une évolution des politiques de rigueur.

Les gouvernements de gauche voulaient les modifier depuis longtemps. Tout comme les sociaux-démocrates allemands avec lesquels Mme Merkel doit maintenant gouverner en coalition, plusieurs des gouvernements de droite y aspiraient aussi. Mme Merkel était devenue tellement isolée dans son intransigeance que le Conseil a estimé vendredi qu’il fallait « trouver un équilibre entre la discipline budgétaire et le nécessaire soutien à la croissance ».

Non seulement l’Union s’éloigne de la pure et simple rigueur mais le Parlement, Jean-Claude Juncker et beaucoup des pays membres, France et Italie en tête, appellent de surcroît à des investissements européens susceptibles de relancer l’activité et de compenser les effets négatifs de la réduction des dépenses publiques. Sur fond de bouleversement institutionnel, c’est une autre politique européenne qui se cherche et s’annonce.

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