Le gouvernement turc est d'habitude plus prudent, moins pressé d'attribuer aux djihadistes les divers attentats commis sur son territoire...

Par Anthony Bellanger.

Ce matin, c'est évidemment l'attentat à Istanbul que vous avez voulu commenter...

42 morts, plus de 230 blessés et un responsable désigné immédiatement par le gouvernement turc : Daech. Or le fait que les autorités turques attribuent sans tarder la responsabilité de l'attentat à l'Etat islamique.

Tous les observateurs vous le diront : d'habitude, le gouvernement turc est plus prudent, moins pressé d'attribuer aux djihadistes les divers attentats commis sur son territoire et à même plutôt tendance à accuser d'abord les Kurdes avant parfois de se raviser.

Cette accusation sans précaution est le premier signe d'un vrai changement d'attitude d'Ankara vis-à-vis de Daech, voire de tous les mouvements djihadistes qui opèrent en Syrie. Jusqu'à présent la Turquie jouait plutôt un double jeu.

D'un côté, elle soutenait les efforts de l'Occident pour frapper l'Etat islamique, après tout la Turquie appartient à l'Otan. Mais de l'autre la Turquie n'avait jamais vraiment cessé de laisser passer en Syrie les armes, les candidats au djihad et la contrebande.

Pourquoi, selon vous, a-t-elle abandonné ce double jeu ?

Parce que c'est un échec complet : en nouant des relations avec Daech, la Turquie pensait à la fois affaiblir Bashar el Assad et se préserver des attentats aveugles. Résultat : Bashar est toujours au pouvoir et les attentats se sont multipliés.

Ce n'est d'ailleurs pas que le seul échec de la politique étrangère turque, c'est même impressionnant comme toutes les initiatives d'Erdogan ont mal tourné : en Egypte, il a soutenu jusqu'au bout le président Morsi et s'est donc retrouvé sur la touche à sa chute.

En Europe, la manipulation de l'affaire des migrants, qui partent des côtes turques, lui a certes permis d'arracher un compromis avantageux mais n'a pas empêché les Allemands de reconnaître le génocide arménien, ni l'Europe de chipoter sur les visas pour les Turcs.

Enfin, depuis novembre, Erdogan s'est fâché avec les Russes, un de ses tout premiers partenaires commerciaux, avec les Américains, à qui il reproche d'armer et d'aider des milices kurdes en Syrie et enfin Israël, avec qui la brouille dure depuis 2010.

Ça ressemble à un isolement total ce que vous décrivez...

A ce niveau, on peut même parler de « splendide isolement ». Et Erdogan, le vit très mal cet isolement, tout seul dans son immense palais tout neuf d'un millier de pièces où personne ne veut le visiter. Et c'est pour rompre cet isolement qu'il a pris 3 décisions.

Pas plus tard qu'avant hier, il a envoyé une lettre d'excuses à la Russie, il a effacé six années de brouilles avec Israël et il semble donc avoir changé son fusil d'épaule avec l'Etat islamique : à partir de maintenant, la guerre sera totale.

En fait, il s'est simplement rendu à l'évidence qu'on peut résumer ainsi : on ne déjeune avec le Diable Daech, même avec une longue cuillère. Il lui aura fallu 5 ans depuis les printemps arabes, et donc 42 morts hier à l'aéroport d'Istanbul, pour l'admettre.

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