Où l'on voit comment la France pourrait aujourd'hui contribuer à un réglement du conflit syrien

Jean-Yves Le Drian n’est pas entré dans les détails. « Je ne peux pas le faire », a-t-il dit à Christophe Ayad et Marc Semo, les journalistes du Monde qui l’interrogeaient hier, mais « il y a une fenêtre d’opportunité avec la Russie ».

Le ministre des Affaires étrangères parlait là de la Syrie et il a bien évidemment raison car, en Syrie, Vladimir Poutine est en danger d’embourbement.

Cela ne se voit pas encore. Pour l’heure, il a remis Bachar al-Assad en selle en écrasant l’insurrection par ses bombardements d’Alep. Le régime syrien lui doit sa survie. La Russie a repris pied au Proche-Orient où elle n’existait plus depuis la fin des années 80. Pour l’heure, cette opération est un succès du Kremlin mais il lui sera simplement impossible de faire comme si cette guerre n’avait pas existé et de rétablir le statu quo ante – dictature du clan Assad et domination de la branche alaouite et minoritaire du chiisme à laquelle appartient cette dynastie prédatrice.

Ce ne sera pas possible parce que la Syrie est entièrement détruite jusque dans les faubourgs de sa capitale, qu’il y a plus de cinq millions de réfugiés et de déplacés, que personne ne mettra un sou dans la reconstruction de ce pays tant que sa stabilité ne sera pas assurée et que la haine et le rejet du boucher de Damas et de sa famille sont à leur comble.

Le problème n’est virtuellement plus Daesh qui est en train de perdre Mossoul et Raqqa, ses capitales irakienne et syrienne, grâce aux combattants kurdes et aux frappes de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis. Le problème est de trouver et imposer un compromis national en Syrie et cela, la Russie ne le peut pas seule et doit y parvenir avant de devenir l’auxiliaire policier d’un régime sans avenir.

En Syrie, la Russie a besoin de partenaires et la France peut en être un, de choix, parce qu’elle a noué des relations de confiance avec les oppositions syriennes, qu’elle est en bons termes avec les pays sunnites, adversaires de Bachar al-Assad car il est l’allié de l’Iran chiite, que ses rapports avec l’Iran ne sont pas mauvais et qu’elle peut entraîner l’Union européenne dans la garantie internationale d’un règlement de paix.

La diplomatie française ne peut rien dire de cela noir sur blanc parce qu’il ne faut blesser personne, qu’on n’y est pas et qu’il serait maladroit de se prévaloir d’atouts encore trop fragiles mais la France, oui, a une carte à jouer, et l’Europe avec elle.

C’est pour cela qu’Emmanuel Macron ne fait plus d’un retrait de Bachar al-Assad la condition d’un règlement. C’est la raison de ce tournant de la diplomatie française que Jean-Yves Le Drian définit comme un « double réalisme », double car il serait aussi irréaliste de vouloir ignorer aujourd’hui le président syrien que de penser qu’une solution puisse, demain, s’organiser autour de lui. Une phrase du chef de la diplomatie française résume ainsi tout son propos : « Vous avez entendu les Russes, demande-t-il, dire que Bachar al-Assad représente l’avenir de la Syrie ? »

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