L’Allemagne prend mercredi la présidence tournante de l’Union européenne pour un semestre, à un moment crucial. La Chancelière, qui quittera le pouvoir l’an prochain, voudra assurer le succès de cette présidence, et donner un cap à l’UE dans le désordre mondial.

Emmanuel Macron et Angela Merkel, lundi 29 juin à Meseberg, près de Berlin, à l’occasion de leur rencontre à la veille de la présidence allemande de l’Union européenne qui débute mercredi.
Emmanuel Macron et Angela Merkel, lundi 29 juin à Meseberg, près de Berlin, à l’occasion de leur rencontre à la veille de la présidence allemande de l’Union européenne qui débute mercredi. © AFP / Hayoung JEON / POOL / AFP

Angela Merkel est Chancelière allemande depuis 2005, et tirera sa révérence à la fin de la législature en cours, en 2021. C’est donc la dernière Présidence tournante de l’Union européenne pour cette femme qui est sans nul doute la personnalité la plus forte du continent à l’heure actuelle.

On lui a reproché sa prudence, son manque d’imagination, son pragmatisme qui la poussait à déclarer à des journalistes lui demandant si la survie de l’Union européenne était en jeu : « Nous devrions éviter de poser trop souvent la question de l’existence de l’UE et faire notre travail »… Gageons qu’un Français à sa place aurait fait de grands développements philosophiques.

Mais elle est aussi celle qui pèse de tout son poids politique au moment décisif, comme elle vient de le faire, en tandem avec Emmanuel Macron, en faveur d’un plan de relance massif fondé sur un endettement commun des 27 ; brisant au passage un tabou en Allemagne, mais aussi dans une partie de l’Europe dite « frugale ».

Alors faisons ici un pari sans grand risque : présidente en exercice alors que la décision sur ce plan doit être prise lors d’un sommet les 17 et 18 juillet, Angela Merkel fera tout pour que l’unité des 27 se réalise ; elle ne pourra pas accepter un échec.

Ce semestre de leadership allemand est attendu avec impatience par tous ceux qui sont conscients que l’Europe et le monde sont à un moment charnière, entre crise économique et rivalités de puissance. Si la présidence tournante ne s’accompagne pas de véritables pouvoirs, le pays qui l’occupe peut influencer l’agenda et faire la différence. Le poids politique et le talent d’Angela Merkel seront les bienvenus.

Elle n’a pas toujours été décrite ainsi. A Paris, elle a généré beaucoup de frustrations après l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Les propositions du nouveau Président n’avaient guère trouvé de répondant à Berlin, à la fois en raison des complications de la politique intérieure allemande, mais aussi d’une Chancelière peu tentée par les concepts.

L’environnement géopolitique a fait évoluer les choses, et hier la Chancelière accueillait le président français en Allemagne, pour un mini-sommet à la veille de cette présidence cruciale. 

Le couple franco-allemand a retrouvé des couleurs, et s’ils affichent autant leur entente, c’est qu’Angela Merkel et Emmanuel Macron sont conscients des angoisses générées par cette époque troublée.

Une étude d’opinion réalisée dans neuf pays européens pour le think tank ECFR montre que les citoyens du continent se méfient des États-Unis -les deux tiers d’entre eux ont une opinion dégradée de l’Amérique ; ils ont une hostilité croissante vis-à-vis de la Chine ; et ils ont été déçus par la réponse de l’UE au coronavirus, ils se sentent « seuls et vulnérables » face à la pandémie, selon cette étude.

Dans ce contexte anxiogène, Angela Merkel est assurément une figure rassurante, moins la « Mutti », la « mère » du cliché journalistique, que la femme politique qui a les pieds sur terre. Elle a désormais six mois pour permettre à l’Europe de trouver son cap dans le désordre du monde.

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