Nicole Notat répondait aux critiques et suggestions exprimées durant ce congrès de la CFDT. C’était sa dernière intervention de secrétaire-générale et lorsqu’elle a abordé la question des retraites, lorsqu’elle a lancé : « Si le slogan devait être « Touche pas à ma durée de cotis ! », alors il faut s’attendre à ce que ce soit les niveaux de pension, de salaire et d’emploi qui trinquent », des protestations se sont fait attendre. Une partie des délégués était heurtée par cette vérité mais le rapport d’activités présenté par le Bureau sortant n’en a pas moins été approuvé par 78, 51% des voix, un score jamais atteint dans l’histoire de la Confédération. Nicole Notat est ainsi partie comme elle avait dirigée son organisation, sans peur de déplaire, sans jamais céder à la démagogie, disant ce qu’elle croit vrai, et c’est un syndicat renforcé, respecté, solide, dont le nombre de militants ne cesse de croître, qu’elle laisse maintenant à son successeur. Alors, devant ce succès qui doit tout au courage et rien à l’habileté, on se disait hier que si les dirigeants politiques, en France et dans le monde, savaient parler aussi vrai que cette femme, se souciaient moins de leurs stratégies de communication, se préoccupaient un peu plus de se forger des convictions et de les défendre, s’adressaient, en un mot, à l’intelligence des citoyens, la politique n’en serait pas là. Imaginons. Imaginons un instant que Jacques Chirac, à l’heure de dissoudre, en 1997, se soit adressé aux Français pour leur dire que la lutte contre la fracture sociale sur laquelle il s’était fait élire ne pouvait plus être menée dans les seules frontières nationales, que la constitution d’une Europe politique, d’un Etat européen assez fort pour peser dans l’économie mondialisée était indispensable à cette bataille et qu’il fallait donc en passer par cette réduction des déficits nécessaire à l’introduction de l’euro. La gauche aurait été bien en peine de contester une analyse qu’elle partageait. Le niveau du débat politique en aurait été élevé et même si Jacques Chirac avait quand même échoué à convaincre les électeurs, au moins aurait-il perdu dans la dignité. Autre exemple. Imaginons qu’au lieu de répondre aux ouvriers de Michelin que l’Etat ne pouvait pas tout, Lionel Jospin ait pris la peine de leur expliquer, à eux et à tous les Français, que la gauche, même au pouvoir, ne pouvait plus défendre les salariés d’un pays donné contre un capital d’ores et déjà internationalisé, que l’Etat, pour retrouver son rôle d’arbitre, devait passer à une dimension supérieure, incarner une force plus grande, imaginons qu’il ait donc axé sa campagne sur la nécessité de faire l’Europe pour que l’Europe unie puisse défendre un autre modèle social, alors peut-être moins de voix lui auraient-elles manqué à gauche et , même perdant, il aurait pu continuer à se battre pour les idées qui devraient être aujourd’hui celles de la gauche. Seulement voilà, des « experts « lui ont dit : « L’Europe ?! Surtout pas l’Europe ! Trop compliqué, ça trouble, ça inquiète » et le résultat a été que cette gauche dont on ne comprenait plus la politique a été simplement écrasée. Il faut d’urgence nicoliser la politique. La preuve : ça marche.

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