D’un mal peut-il sortir un bien ? Le fragile déblocage du dossier israélo-palestinien auquel on assiste aujourd’hui, grâce à la chute de Saddam, peut-il excuser l’énorme mensonge auquel Américains et Britanniques ont eu recours pour justifier leur intervention en Irak ? Hier, c’était la BBC qui affirmait que Tony Blair aurait fait « réécrire » le rapport des services secrets britanniques sur lequel il s’était appuyé pour dire que l’Irak avait la capacité de déployer des armes chimiques ou bactériologiques en quarante-cinq minutes. Les bureaux du Premier ministre ont démenti mais le fait est qu’un mois et demi après la prise de Bagdad ni les Américains ni les Britanniques n’ont encore été capables de montrer le commencement d’un début d’indice d’existence de preuve de ces armes de destruction de masse. Mieux, Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense, a laissé entendre, dès mardi, qu’il n’y aurait jamais de preuves en déclarant que Saddam Hussein avait « peut-être décidé de détruire » ses armes avant que la guerre n’éclate. Ce n’est pas impossible mais, si Donald Rumsfeld dit maintenant vrai, si Saddam avait désarmé grâce aux pressions de l’Onu, c’est alors la preuve indubitable, que tous les opposants à la guerre, France en tête, avaient raison, que la guerre n’était pas nécessaire, que les inspections suffisaient. Paul Wolfowitz, le secrétaire adjoint à la Défense, l’a si bien compris qu’il a aussitôt modifié le tir. Dans le prochain numéro de Vanity Fair, il explique que la question du désarmement était le seul motif de guerre sur lequel l’ensemble de l’équipe Bush pouvait se mettre d’accord mais que l’autre objectif poursuivi par les Etats-Unis était de pouvoir retirer leurs troupes d’Arabie saoudite car leur présence sur une terre sainte de l’Islam était la principale justification des attentats terroristes d’Al-Qaïda. Paul Wolfowitz est, là, moins loin de la vérité. Le premier objectif des faucons, ils ne l’avaient jamais caché, était, c’est vrai, de remodeler le Proche-Orient et c’est là que commence le débat. La chute de Saddam, c’est un fait, a incité Yasser Arafat à nommer un Premier ministre favorable à un compromis avec les Israéliens. Elle a, parallèlement, conduit les Syriens à retirer les moyens logistiques qu’ils offraient aux organisations terroristes palestiniennes et ôté tout argument à Ariel Sharon pour refuser une reprise des négociations. Avec, en prime, la chute d’une dictature, ce n’est pas rien mais une question, pourtant. Sans cette guerre, aurait-il été impossible à Georges Bush de tenter d’imposer un règlement israélo-arabe, de donner des garanties de sécurité aux Israéliens et de s’appuyer sur la proposition saoudienne d’une reconnaissance d’Israël par l’ensemble du monde arabe en échange de la création d’un Etat palestinien ? La réponse est que la moitié de l’énergie déployée pour la guerre aurait permis le fragile espoir, ni plus ni moins, qui renaît aujourd’hui. La parole américaine ne serait pas en doute pour aussi longtemps qu’elle va l’être. L’Europe ne serait pas en morceaux. Le camp occidental ne serait pas dévasté mais uni. Reste, oui, que les Etats-Unis n’auraient pas administré la démonstration de force qu’ils souhaitaient faire mais, cela, c’est une illusion qui ne durera pas.

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