La France a changé de Président. Nicolas Sarkozy et son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, sont réputés plus atlantistes que ne l’était Jacques Chirac mais la traditionnelle différence d’approche internationale entre Paris et Washington n’en vient pas moins de se réaffirmer, hier, devant le drame du Darfour. C’est comme toujours – une fois de plus en tout cas – l’unilatéralisme contre le multilatéralisme, le cavalier seul américain contre la recherche française d’un consensus dans le cadre onusien. D’un côté Georges Bush annonce de nouvelles sanctions économiques des Etats-Unis contre le Soudan. « Je fais cette promesse aux gens du Darfour, dit-il : les Etats-Unis ne détourneront pas les yeux d’une crise que mon administration a appelé par son nom – génocide ». Georges Bush décide et appelle, ensuite, l’Europe et le Conseil de sécurité à le suivre sur la voie qu’il a choisie seul alors que Bernard Kouchner tente, lui, d’amener toutes les puissances concernées, grandes et petites, à trouver un accord pour agir ensemble. Face au bilan de la répression lancée par le Soudan contre la révolte de sa province du Darfour, face à ces 200 000 victimes, ces deux millions de réfugiés et ces exactions qui se poursuivent chaque jour, il propose deux choses à la communauté internationale. La première serait que l’Europe, sous mandat de l’Onu, crée des corridors humanitaires à partir du Tchad permettant d’acheminer jusqu’au Darfour vivres et équipes médicales afin d’y renforcer les ONG qui s’y trouvent déjà. La seconde serait de réunir au plus tôt, et au niveau ministériel, une conférence internationale sur cette crise pour essayer d’y trouver une réponse politique. Il a évoqué, hier, ces idées avec le chef de la diplomatie chinoise dont le pays achète 60 % du pétrole soudanais et peut, à ce titre, se faire entendre à Khartoum. Il les exposera aujourd’hui, à Potsdam, devant les ministres des Affaires étrangères du G8, le groupe des huit premières puissances mondiales. Après avoir fait du Darfour, la priorité de ses priorités, Bernard Kouchner ne traîne pas et, si personne n’a encore vraiment adopté ses idées, personne ne les a non plus rejetées. Elles font leur chemin alors que les sanctions prises par Georges Bush ont été froidement accueillies à l’Onu et très critiquées, comme contreproductives, par la Chine et le monde arabe. On n’est pour autant pas à la veille d’une répétition du bras de fer franco-américain sur l’Irak car il n’y a pas là de différence d’objectif entre Paris et Washington. Chacune dans son registre, chacune avoue sa vision du monde, la France et l’Amérique concourent là au même but, la fin de ce drame dont leurs mobilisations respectives font une incontournable urgence. Jusqu’à ce point au moins, l’Amérique et la France sont, cette fois-ci, complémentaires.

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