Officiellement, c’est François Fillon qui l’a reçu. Le protocole l’exigeait puisque Vladimir Poutine est désormais Premier ministre et non plus président de la Fédération de Russie mais, sitôt après ces entretiens entre chefs de gouvernement, l’ancien président russe a dîné, hier soir, à l’Elysée, avec Nicolas Sarkozy dont il reste en fait l’égal, comme véritable homme fort de son pays. La politique russe est devenue encore plus subtile que celle de la France en temps de cohabitation mais, dans cette visite, l’important était ailleurs. L’important, c’est le message qu’est venu délivrer Vladimir Poutine. La Russie, a-t-il dit sur tous les tons, veut s'ancrer à l'Europe. Elle souhaite que les négociations qui s’ouvriront, fin juin, entre elle et l’Union débouchent vraiment sur la conclusion d’un partenariat stratégique et compte, pour cela, sur l’appui de la France qui préside l’Union européenne à compter du 1er juillet et qu’elle considère comme une amie. Oui et non. C’est tout le problème. Ce message flatte l’orgueil de la France qui n’est pas insensible au fait que la Russie continue de la regarder comme un pays essentiel, ce qu’elle est, d’ailleurs, en Europe en tout cas. Ce message rencontre, surtout, un sens commun de l’opinion, de la diplomatie et du monde politique français qui ont une affinité historique avec la Russie. La conviction est aussi ancrée, en France, que le stabilité du continent Europe passe forcément par une coopération entre la Fédération de Russie et l’Union européenne, ses deux piliers, que l’Union est dépendante du pétrole et du gaz russes comme la Russie l’est d’un apport technologique de l’Union et que la première a besoin du marché russe comme la seconde a besoin des entreprises européennes pour y placer ses revenus pétroliers. La France et son président sont mieux que bien disposés vis-à-vis de la Russie mais, en même temps, Nicolas Sarkozy a fait des priorités d’un rapprochement avec les Etats-Unis et du développement d’un rapport privilégié, au sein de l’Union, avec les anciens pays communistes qui en sont devenus membres car rien ne pourra plus se faire, en Europe, sans leur accord. Le président de la République et sa diplomatie sont ainsi pris entre deux ambitions, le renforcement, d’une part, de la connivence avec la Russie et l’affirmation, de l’autre, d’une nouvelle convergence avec l’Amérique et l’Europe centrale. Or les deux choses sont difficilement compatibles car les Etats-Unis comme l’Europe centrale tiennent essentiellement à ce que l’Union et l’Otan s’étendent à l’Est, aux anciennes Républiques soviétiques, tandis que la Russie ne veut pas en entendre parler et fait rigoureusement tout pour s’y opposer. Avant de recevoir Vladimir Poutine à l’Elysée, Nicolas Sarkozy avait donné, la veille, de grandes assurances à la Pologne, allant jusqu’à exprimer un accord « de principes » sur l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’Otan. La diplomatie française fait le grand écart. Il n’est pas encore certain qu’elle le réussisse.

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