L’ampleur du crime est encore plus grande que ce que l’on avait cru. Vendredi, ce n’est pas seulement que l’armée syrienne a bombardé la ville de Houla. C’est aussi que seule une vingtaine de 108 victimes de ce massacre ont été tuées par les tirs d’obus et que les autres, toutes les autre y compris une quarantaine d’enfants, ont été ensuite assassinées de sang froid, par familles entières, après avoir été regroupées dans leur maison.

Cela ressort des témoignages de survivants diffusés hier par la BBC. Le Haut commissariat de l’Onu aux droits de l’homme a confirmé la chose en parlant « d’exécutions sommaires » et l’on comprend maintenant pourquoi tant des victimes portaient des traces de balles ou de blessures à l’arme blanche.

Ce sont ces informations qui expliquent que beaucoup de pays, dont la France, aient décidé hier d’expulser les ambassadeurs de ce régime d’assassins et que François Hollande ait déclaré au 20h de France 2 qu’une « intervention armée n’était pas exclue à condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international », c’est-à-dire sur décision du Conseil de sécurité. C’était un message à Bachar al-Assad. Jamais une grande puissance n’avait même envisagé cette éventualité que les Etats-Unis n’ont repoussée que « pour l’instant », ont-ils dit. Le ton monte contre le pouvoir syrien que même la Chine et la Russie ont condamné pour le massacre de Houla mais est-ce à dire, pour autant, que ce qui avait été fait en Libye pourrait l’être en Syrie ?

« Pour l’instant » au moins, non, ce n’est pas le cas car une telle décision ne peut pas être fondée sur la seule indignation, aussi légitime qu’elle soit. Il faut aussi examiner ses implications, penser au coup d’après, soupeser les rapports de force et, à aucun de ces égards, la Syrie n’est la Libye.

Muamar Kadhafi n’avait pas d’alliés, nulle part. Sa chute ne pouvait guère susciter de déstabilisation régionale mais seulement mener à une partition de la Libye qui n’aurait pas été un drame en soi et aggraver la crise du Sahel qui était, de toute manière, partie pour se développer. Au regard du bain de sang qui menaçait ce pays et de la possibilité que soit donné un coup d’arrêt aux révolutions arabes, ces deux dangers étaient secondaires alors qu’il n’en va pas du tout de même en Syrie.

Le régime syrien est soutenu par l’Iran dont il est le grand allié. Il l’est aussi par l’Irak qui est majoritairement chiite comme le sont l’Iran et la minorité alaouite dont est issu le clan Assad. Le pouvoir syrien n’a qu’un bouton à presser pour mettre le Liban à feu et à sang en s’appuyant sur ses alliés chiites du Hezbollah. La partie serait, en un mot, extrêmement aléatoire et dangereuse puisque tout le Proche-Orient pourrait en être bouleversé et que des forces d’intervention, même aériennes, pourraient vite se retrouver au cœur d’une guerre, d’ores et déjà rampante, entre les deux religions de l’islam, chiisme et sunnisme.

Même si la Chine et la Russie n’y faisaient plus obstacle, une intervention militaire serait loin d’être la panacée et ce régime – les faits sont là – ne pourra être vaincu qu’à l’usure qui d’ailleurs l’atteint déjà. Il sera vaincu mais seulement au bout d’autres longs mois d’horreur et de sang.

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