Autant le dire, on n’était, hier, plus loin de trouver des vertus au souverainisme. Oui, au risque de beaucoup surprendre et aussi convaincu que l’on soit de la nécessité d’approfondir l’unité européenne, on ne pouvait, hier, que s’étrangler devant cette certitude de savoir avec laquelle la Commission a délivré ses « recommandations », ses injonctions en fait, aux pays – dont la France – qui ne satisfont toujours pas aux critères de Maastricht.

« Mais de quoi se mêlent-ils, de quel droit, au nom de quel mandat et de quoi, délivrent-ils cette ordonnance », se disait-on en entendant les commissaires expliquer doctement qu’il fallait faire ceci et pas cela sur les retraites, ouvrir les professions fermées, « rendre plus attirant le retour au travail des chômeurs », autrement dit baisser leurs indemnités, et l’on ne sait plus quoi d’autre encore.

On se le disait à juste titre car ces commissaires désignés par les gouvernements et non pas élus par qui que ce soit ont pour fonction de veiller au respect des traités et de proposer, simplement proposer, des politiques aux pays membres et certainement pas d’enjoindre leurs gouvernements d’appliquer celles qui semblent bonnes à la Commission.

François Hollande ne s’y est d’ailleurs pas trompé lorsqu’il a aussitôt, et sèchement, rappelé que « la Commission n’avait pas à nous dicter ce que nous avions à faire mais simplement à dire que la France devait rétablir ses comptes publics », c’est-à-dire, en l’occurrence, respecter les engagements sur ses niveaux d’endettement et de déficit budgétaire qu’elle a librement pris en signant les traités. La Commission est là pour veiller à ce que ces engagements soient tenus mais certainement pas pour dire comment, par quels moyens, par quels choix politiques, les gouvernements élus doivent y parvenir.

La Commission a frisé, hier, l’abus de pouvoir. Bien plus grave encore pour l’avenir, elle a dangereusement alimenté le rejet de l’Union qui monte dans la plupart des pays membres. Elle a commis, à tous points de vue, une impardonnable faute mais pourquoi, comment, en est-elle arrivée là ?

Comme toujours en pareil cas, c’est essentiellement une affaire de contexte. Après avoir longtemps et uniquement prôné de réduire les dépenses publiques pour rétablir les comptes nationaux, la Commission a fini par comprendre que l’Europe courrait ainsi dans le mur. Elle en est heureusement venue à se convaincre de la nécessité d’accorder des délais aux Etats pour réduire leurs déficits mais, ce faisant, elle s’est assise sur les traités, inquiétant par là les Etats les plus vertueux auxquels elle a voulu donner des gages de sa propre rigueur. Elle a donc voulu conditionner ces délais à de mesures de réduction structurelle des dépenses et ces mesures, pas toutes infondées d’ailleurs, elle les a puisées dans l’arsenal libéral qui est le sien car les gouvernements européens étant aujourd’hui majoritairement libéraux, la Commission l’est aussi.

C’est aussi simple et bête que cela mais la conclusion à en tirer est qu’il est devenu décidément urgent que la Commission procède du Parlement, c’est-à-dire du suffrage universel paneuropéen, d’une volonté citoyenne qui lui donnerait alors, et alors seulement, la légitimité politique qu’elle usurpe aujourd’hui.

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