Où l'on voit les présidents russes et français se dire les pires choses avant de prendre des décisions communes.

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron à Versailles le 29 mai 2017
Vladimir Poutine et Emmanuel Macron à Versailles le 29 mai 2017 © AFP / NATALIY ZEMBOSKA / ANADOLU AGENCY

Une rencontre mise en scène

Les chefs d’Etat ont plusieurs manières de mettre en scène leurs rencontres. Ils peuvent jouer aux grands amis, sourire à n’en plus finir, évoquer leurs enfants et leurs hobbies et cela quel que soit l’état, mauvais ou bon, des relations entre leurs pays.

Cela se faisait beaucoup durant la Guerre froide. C’est aujourd’hui légèrement désuet même si les sourires sont toujours de mise et puis il y a un tout autre style, assez rare, fait de retenue, d’inébranlable courtoisie et d’art de dire les pires choses sur un tel ton d’évidence qu’elles passent alors qu’elles devraient normalement provoquer un clash immédiat.

Ce style est celui d’Emmanuel Macron et le meilleur exemple en fut, hier, la sérénité avec laquelle il a expliqué devant Vladimir Poutine que les journalistes de Russia Today et de Sputnik, deux media dépendant directement du Kremlin, s’étaient comportés durant la campagne présidentielle en « agents d’influence » répandant des « contrevérités infamantes » et que c’était la raison pour laquelle ils avaient été exclus de son QG de campagne.

Normal, non ?

Vladimir Poutine a, du coup, adopté le même ton pour dire qu’il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’il ait reçu Mme Le Pen puisqu’elle veut rapprocher la France et la Russie et qu’il partage ses idées sur la défense de l’identité occidentale.

Bref, ils se sont tout dit mais comme la diplomatie ne doit pas être affaire, a expliqué le président français, de chimie personnelle, ils sont parvenus à deux décisions d’importance sur l’Ukraine et la Syrie.

L'Ukraine et la Syrie

Rien ne garantit encore qu'elles changeront les choses mais le fait est que Vladimir Poutine a aujourd’hui besoin de se sortir des crises ukrainienne et syrienne et qu’Emmanuel Macron ne détesterait pas devenir l’homme qui aurait contribué à leur solution.

L’un et l’autre auraient un intérêt à ce que ça marche.

C’est pour cela qu’ils ont pu se montrer aussi directs et c’est ainsi que Français et Russes vont maintenant, c’est totalement neuf, se concerter sur la Syrie et en particulier sur le terrorisme, l’aide humanitaire, la transition politique et les armes chimique dont Emmanuel Macron a très tranquillement dit qu’elles ne pourraient pas être à nouveau employées sans que la France ne réagisse.

C’est une « ligne rouge », a-t-il dit. C’était, en fait, une menace mais contrebalancée par la volonté qu’a exprimée le président français de préserver un Etat syrien et donc une partie de son actuel régime. Voilà pour le cadre et, pour le reste, les deux pays vont discuter à deux, comme ils vont très vite le faire à quatre, avec Kiev et Berlin, sur la crise ukrainienne.

Là, c’est encore plus tangible puisque Vladimir Poutine a accepté que ces discussions se mènent sur la base d’un rapport de l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe qui est chargée d’observer les combats et mouvements de troupe en Ukraine orientale. Ce sera concret. Ukraine et Russie, chacune sera mise devant ses responsabilités.

Les choses au moins bougent. C’est la diplomatie… Disons en mouvement.

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