Cela ne suffit pas mais, France en tête, tout le monde voudrait maintenant mettre terme au chaos libyen

On reste évidemment sceptique. On l’est parce que depuis la chute et la mort de Mouammar Kadhafi il y aura bientôt six ans, la Libye n’a cessé de se fractionner en gouvernements, assemblées et forces armées qui ne se reconnaissent pas et se combattent mais peut-être quelque chose a-t-il changé hier.

        Hier mardi, Emmanuel Macron recevait à Paris non seulement les deux personnalités essentielles qu’il avait déjà réunies à la Celle-Saint-Cloud en juillet dernier, l’homme fort de Benghazi, Khalifa Haftar, et le chef du gouvernement d’union basé à Tripoli, Fayez al-Sarraj, mais également les présidents des assemblées rivales de Tobrouk et Tripoli.

Ce n’était pas encore tout le spectre libyen, loin de là, mais cela faisait pourtant beaucoup et vingt pays voisins de la Libye ou indirectement présents sur son sol et quatre organisations internationales dont l’Onu et la Ligue arabe, étaient également présentes. Chacun de ces pays a ses relais, ses pions et son jeu propre dans ce pays et le fait que tous aient été là donne un certain poids à l’engagement que ces quatre hommes forts de la Libye ont pris d’organiser, le 10 décembre prochain, des élections présidentielles et législatives « dignes de foi » et d’en respecter les résultats.

C’est un progrès et, si prudent qu’il faille rester, 10 décembre ou pas, respect des engagements pris ou non, peut-être une dynamique positive s’engage-t-elle parce que la Libye est dans un tel chaos qu’aucun de ses acteurs ne peut espérer l’emporter, que cela les conduit enfin à envisager des compromis, que toutes les puissances régionales réalisent aujourd’hui que l’anarchie présente ne peut que favoriser la renaissance d’un mouvement djihadiste fort, que les puissances européennes veulent d’une Libye à même d’endiguer le flot des migrants, que la France et l'Italie travaillent là de concert  – que tout le monde, en un mot, voudrait mettre terme à ce chaos.

Alors on verra mais il est frappant que plus de deux millions et demi des six millions de Libyens, dont 43% de femmes, se soient déjà inscrits sur les listes électorales, que la réflexion sur une nouvelle Constitution soit avancée et que la France ait pu réunir hier autant des forces dont le consensus est indispensable à la stabilisation de ce pays.

Alors, oui, on verra mais, en tout état de cause, la France et son président sont aujourd’hui en première ligne, sur tous les fronts, parce qu’Emmanuel Macron profite du recul relatif de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, qu’il a renoué avec la volonté d’indépendance gaullo-mitterrandienne et que cela lui permets d’être en contact avec tout le monde, Etats-Unis et Russie, Arabie saoudite et Iran, Palestine et Israël. La France ne décide pas mais elle est écoutée et s’entend comme jamais depuis longtemps.       

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